El Arab - LUCIE DELARUE-MARDRUS
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Présentation El Arab de LUCIE DELARUE - MARDRUS
- eBookEn 1904, à Marseille, je m'embarquais avec le docteur J. C. Mardrus pour Tunis. Ce n'était pas de tourisme qu'il s'agissait. Outre certains documents coraniques que mon mari projetait de chercher dans les milieux musulmans, nous souhaitions tous deux oublier pour un temps Paris et la littérature.
J. C. Mardrus, avant notre mariage, avait déjà fait ce qu'on appelle le tour du monde ; cependant il ne connaissait pas l'Afrique du Nord. Moi je ne connaissais rien du tout. De part et d'autre nous levions l'ancre pour de la nouveauté.
Tunis sait fort habilement ménager ses surprises. Le port, le parcours vers les hôtels, la ville française tout entière, cette arrivée ne laisse rien deviner. Aucune émotion. Mais Bab-el-Bahr ou « Porte de la Mer » sépare le monde arabe du monde européen. Passée cette porte, après quelques pas à travers le quartier maltais, on se trouve en plein Islam. Je ne crois pas qu'on ait rien changé, depuis, à ce contraste sensationnel.
En 1904, pénétrer dans les souks, étroites rues couvertes, ombre fraîche étoilée de ronds de soleil, c'était faire tout éveillé ce rêve : se trouver transplanté sans transition dans un monde embaumé de jasmin et de rose. Même en dehors du souk des parfums, ces essences imprégnaient la succession de boutiques de toutes couleurs, disons plutôt d'échoppes, où chaque marchand était assis en tailleur à même son étalage, les plus âgés, à force de macérer, immobiles, dans ce clair-obscur odorant, devenus de cire sous leur turban blanc, moins blanc que leur barbe blanche.
La foule serrée qui circule comme elle peut dans les deux sens, animée et gutturale, est, de même que les marchands, vêtue de ces robes masculines aux nuances tendres qui sont la marque particulière de la Tunisie. Du rose au jaune pâle et du jaune pâle au vert amande, sans parler d'autres douceurs, ce sont les coloris mêmes de la pâte de verre. Ces beaux personnages ont les yeux fardés au Kohl et portent à l'oreille une fleur très longue de tige, oeillet, jasmin ou rose, qui n'a d'autre destination que d'encenser leurs narines pendant qu'ils vaquent indolemment à leurs affaires.
Le féminin est beaucoup moins enthousiasmant. Les Musulmanes de Tunis sont en général trop grasses, ce qui fait, d'ailleurs, l'admiration de tous, et c'est fort lourdement que les enveloppe le sévère voilage de la région. Ceci veut dire, émergé d'un sombre paquet sans forme, ce visage en toutes lettres muselées par une épaisse et courte étoffe noire, visage où les yeux ont juste de quoi vivre entre un tel bâillon et le voile de tête dont est barré le front presque jusqu'aux sourcils.
Il s'agit là de femmes de la classe inférieure. Les autres, je le constaterai par la suite, ne se risquent pas volontiers dehors. Elles ne sortent presque toujours que dans des landaus fermés dont les stores aux tons vifs sont baissés, et, si elles ont à marcher dans la rue, doivent pour se diriger et, par conséquent, regarder leurs pieds, soulever à deux mains un long voile (encore et toujours du noir) qui va de leur front jusqu'à leurs chevilles.
Je ne tardai pas à savoir que, pour atteindre à l'idéal rêvé, certaines de ces dames se résignaient à vivre dans les ténèbres qui blanchissent le teint, à s'y gaver de nourritures qui font obtenir le maximum d'obésité.
Au bout de dix minutes, sollicités sinon harcelés par les marchands, nous avions choisi de nous arrêter à la boutique de celui-ci, dans le souk des tapis. Il nous fit aussitôt entrer avec paroles et saluts, offrit des sièges, et, sur un signe, le café nous fut apporté.
On connaît le café turc, les petites tasses dans lesquelles il est servi, la mousse brûlante dont se recouvre sa surface, la poudre accumulée au fond. Mon mari m'enseigna la manière de le boire, c'est-à-dire en humant avec bruit cette mousse tout en évitant les secousses qui feraient remonter cette poudre. Les cigarettes vinrent à leur tour. Le marchand ne se taisait plus. Il faisait en français l'éloge de ses tapis, déroulés devant nous par deux employés qui me semblaient un conte de Schahrazade.
Dehors, le va-et-vient du souk continuait à chatoyer. Souvent, dans la lente bousculade, des jeunes hommes en belles robes, ornés d'une rose, passaient à deux, accrochés par le petit doigt, démarche balancée et paresseuse. Écartés l'un de l'autre, ils ne causaient pas, ne se regardaient pas. Une paire d'amis en promenade.
Tout à coup J. C. Mardrus se décida. C'était la première fois que je l'entendais parler arabe. Je tressaillis. Dans ce décor qu'on eût dit suscité par lui-même, il devenait brusquement un autre homme, un autre mari.
Le marchand avait tressailli comme moi. Je ne pouvais encore m'en rendre compte à ce moment : J. C. Mardrus parle un arabe magnifique, sortilège pour les musulmans si profondément atteints par la beauté du verbe. (C'est peut-être à cause de sa langue éblouissante que le Coran s'est enraciné pour toujours dans les coeurs islamiques.) Il était donc naturel qu'au pays barbaresque, qui ne connaît qu'un assez mauvais arabe, entendre un tel parler dans la bouche d'un Roumi produisît l'effet magique que je vis pendant tant d'années se renouveler devant moi.
Cependant, tandis que la conversation se poursuivait, aussi merveilleuse pour moi qu'inintelligible, les tapis s'étalaient de plus belle à nos pieds. Le marchand se doutait fort bien que nous n'en achèterions aucun. Mais, comme tous ses collègues, il avait l'habitude de multiplier pour rien ses peines et ses grâces. Cela fait partie du commerce comme les cigarettes et le café. Sait-on jamais ? La réussite est peut-être au bout de toute cette affabilité.
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