Le stupide XIXe siècle - Léon Daudet
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Avis sur Le Stupide Xixe Siècle de Léon Daudet - eBook
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Présentation Le Stupide Xixe Siècle de Léon Daudet
- eBookLa politique, c'est le grand art : ars magna. On a proposé d'elle, au cours des âges, bien des définitions. Son rôle est de garantir la cité (et par conséquent le langage, et tout ce qui en découle) contre les dislocations intérieures, résultant des luttes civiles et religieuses, et contre les agressions venant du dehors. Elle est à la fois la philosophie et l'action de l'État. Une politique qui aboutit à l'ébranlement national, aux luttes intestines et à la guerre, qui fait le malheur du pays, sa ruine, le deuil des familles, l'anéantissement des groupes sociaux, professionnels ou provinciaux, est donc une mauvaise politique, une politique dangereuse et fatale. Sauf le court intervalle de la Restauration (qui remplit le programme de son nom) la politique de l'État français, au xixe siècle, a été une politique exécrable, puisque son premier flot a abouti aux guerres inutiles du premier Empire et à la révolution de 1830 ; son second flot à la révolution de 1848 et à la guerre de 1870-1871 ; son troisième flot à la guerre européenne de 1914. Soit, cinq invasions, en 1792 (le siècle commence en réalité en 1789) en 1814, en 1815, en 1870-1871 et en 1914 (date à laquelle finit en réalité le siècle). Si les choses devaient continuer de ce train-là, un enfant de sept ans, concevant les relations de cause à effet, pourrait annoncer à coup sûr, la fin du pays pour l'an 2014. J'entends, par la fin d'un pays, son passage sans réaction sous une domination étrangère, et le renoncement à son langage. Il y a dix ans, une pareille hypothèse aurait fait hausser les épaules. Il n'en est plus de même aujourd'hui.
L'affaissement politique, au xixe siècle, quand on regarde les choses de plus près, tient plus encore au libéralisme (qui est la branche femelle de la Réforme) qu'à la Révolution proprement dite, qui en est la branche mâle. Napoléon Ier, Napoléon III, puis Gambetta, puis Ferry, puis Waldeck-Rousseau, marquent la pente de la dégringolade, qui suivit la rupture de la politique monarchique traditionnelle ou mieux, de la politique véritable, de la politique de vie et de durée, cédant à la politique de ruine et de mort. Cette dernière masquée, bien entendu, sous les mots pompeux de liberté, humanité, égalité, fraternité, paix universelle, etc? L'antiphrase est la règle au xixe siècle, oratoire par excellence, comme tel condamné au retournement de la pensée par la parole, et tout le long duquel les Furies portèrent le nom d'Euménides, ou de Bienveillantes.
Napoléon Ier ou, si vous préférez, Bonaparte, est la combinaison, à parties égales, d'un soldat de génie, d'un aberrant et d'un disciple éperdu de Rousseau, c'est-à-dire d'un imbécile (imbecillis, faible d'esprit). La lecture du Mémorial, qu'il dicta à Sainte-Hélène, est très caractéristique à ce point de vue. Les pages consacrées à l'art militaire donnent l'impression de la sécurité, de la certitude. Elles respirent le plus solide bon sens. Celles consacrées aux motifs de guerre (que l'impérial causeur eût été bien embarrassé de préciser) sont d'une puérilité déconcertante. Celles consacrées aux institutions, aux travaux des jurisconsultes, etc? apparaissent comme d'une rare niaiserie et d'une outrecuidance qui appartient au style de l'époque. Bonaparte y semble un personnage de Rabelais, un Picrochole réalisé. La chose est encore plus sensible chez l'historien contemporain fanatico-maboul Frédéric Masson, qui grossit les insanités de son idole Bonaparte, à la façon d'une boule de jardin. Les ouvrages de Masson, de l'Académie française, constituent, par leur exactitude même, mêlée de latrie napoléonarde, le plus redoutable des réquisitoires. Je n'ai pas connu Bonaparte, autrement que dans les propos de Roederer (qui rendent jusqu'au son de sa voix), mais j'ai bien connu Frédéric Masson, hargneux et falot, avec sa grosse tête sans cervelle, ses moustaches retombantes, sa voussure dorsale, ses humeurs pittoresques de mauvais chien, son incompréhension totale et envieuse de la grandeur vraie, et sa curieuse compréhension de certaines tares et de certains maux. Il a écrit, dans son style affreux de cantonnier ramasseur de crottin, quelques fortes pages de son Sainte-Hélène, parce que là, il reniflait le malheur. De même, à propos de la mauvaise conduite des soeurs de Bonaparte, il fait, étant comiquement mysogine, d'amusantes réflexions sur la beauté corporelle antique de cette famille et, de là, sur son sens du clan. Mais, d'une façon générale, il est l'historien qui enfouit la gloire sous le fatras. C'est aussi la pétarade, sur l'épopée vaine et terrible, d'un homme qui a trop mangé de documents.
Tout a été dit, et trop bien dit pour y revenir, contre le code napoléonien, le partage forcé et les textes insanes auxquels nous devons la dépopulation subséquente de la France, avec la pulvérisation révolutionnaire des provinces et des métiers. Ce ne fut point perversité chez l'Empereur, mais bien sottise et infirmité d'esprit.
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