Le Corsaire rouge, Annoté - JAMES FENIMORE COOPER
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Présentation Le Corsaire Rouge, Annoté de JAMES FENIMORE COOPER
- eBookExtrait :
Le Corsaire s'arrêta au moment où Wilder disparut, et il resta plus d'une minute dans l'attitude du triomphe. Il était évident qu'il se félicitait de son succès ; mais, quoique sa figure expressive peignît la satisfaction de l'homme intérieur, ce n'étaient pas les élans d'une joie vulgaire ; on y voyait plutôt le plaisir d'être délivré tout à coup d'une mortelle inquiétude, que celui de s'être assuré les services d'un brave jeune homme. Peut-être même un observateur attentif aurait-il pu découvrir une ombre de regret au milieu de son sourire triomphant et des brillans éclairs que lançaient ses regards. Mais ces sensations ne furent que passagères, et il reprit bientôt l'air libre et dégagé qui lui était ordinaire.
Après avoir laissé à Roderick le temps nécessaire pour conduire Wilder à l'endroit qui lui avait été désigné, et pour le mettre en possession des réglemens qui concernaient la police du vaisseau, le capitaine toucha de nouveau le gong et appela pour la troisième fois son jeune serviteur ; celui-ci dut pourtant s'approcher contre son maître et parler trois fois avant que le Corsaire parût s'apercevoir de sa présence.
? Roderick, dit-il enfin après une longue pause, êtes-vous là ?
? Oui, répondit une voix basse et qui avait une expression de tristesse.
? Ah ! vous lui avez donné les réglemens ?
? Je les lui ai donnés.
? Et il les lit ?
? Oui, il les lit.
? C'est bien. Je voudrais parler au général. Roderick, vous devez avoir besoin de repos, bonsoir. Que le général soit appelé au conseil, et? bonsoir, Roderick.
L'enfant fit une réponse affirmative ; mais, au lieu de courir avec sa vivacité ordinaire pour aller exécuter l'ordre de son maître, il resta un instant près de sa chaise. N'ayant pu cependant réussir à attirer son attention, il s'éloigna à pas lents et d'un air de répugnance, descendit l'escalier qui conduisait à l'étage inférieur, et on ne le vit plus.
Il est inutile de décrire la manière dont le général fit sa seconde entrée. Ce fut absolument la répétition de la première, si ce n'est que cette fois il se montra tout entier. Sa taille était haute et droite ; il était bien fait, et il s'en fallait de beaucoup que la nature se fût montrée marâtre à son égard, même sous le rapport de la grâce ; mais tous ses mouvemens avaient été réglés avec une symétrie si rigoureuse, qu'il ne pouvait remuer un membre sans que tous les autres fissent quelque démonstration analogue, et l'on eût dit une marionnette bien organisée. Ce personnage raide et guindé, après avoir fait un salut militaire à son supérieur, alla prendre lui-même une chaise sur laquelle, après quelques instans perdus en apprêts, il s'assit en silence. Le Corsaire parut s'apercevoir de sa présence, car il lui rendit son salut en inclinant légèrement la tête ; mais il ne crut pas nécessaire de suspendre pour cela ses méditations. À la fin, cependant, il se tourna brusquement de son côté et lui dit :
? Général, la campagne n'est point finie.
? Que reste-t-il à faire ? La bataille est gagnée et l'ennemi prisonnier. Oui, vous avez bien joué votre rôle, mais le mien n'est pas à beaucoup près terminé. Avez-vous vu le jeune homme qui est en bas dans la cabine ?
? Oui.
? Et quel air lui trouvez-vous ?
? L'air d'un marin.
? C'est-à-dire que vous ne l'aimez pas.
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