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Avis sur Les Derniers Bretons de Émile Souvestre - eBook
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Présentation Les Derniers Bretons de Émile Souvestre
- eBookLa Cornouaille présente deux aspects entièrement opposés. Rien de sauvage comme son côté nord, rien de suave comme certains cantons du midi.
Pour la juger sous la première de ces formes et se faire une juste idée de son aridité, il faut voir, au milieu de l'été, ses longues routes blanches et raboteuses, courant aux flancs des montagnes Noires ou des chaînes de l'Arès ; ses troupeaux de moutons bruns semés sur les bruyères en fleurs, ses pâtres immobiles au sommet des rochers, jetant au vent leurs refrains, et son ciel gris qui vous envoie sa sèche et dévorante chaleur au fond de la poitrine et vous fait suer et râler comme aux dunes de nos colonies. La route de Morlaix à Pontivy, à travers les montagnes, est une des plus tristes et des plus fatigantes qu'il soit possible de parcourir. C'est partout une mer d'ajoncs, de genêts et de bruyères d'où s'élève à peine de temps en temps un îlot de verdure que protègent quelques arbres, et où se cache une chaumière, À droite, à gauche, devant, derrière. tout est solitude et abandon ; personne sur la route, personne aux champs ; si ce n'est parfois un enfant aux longs cheveux, au teint hâve et aux yeux ardens, qui vous regarde passer, du haut d'un fossé, une baguette blanche à la main. Ce n'est qu'en approchant de Carhaix que l'on rencontre quelques voyageurs. Vers midi surtout, vous voyez passer un à un des hommes à figure de cadavres, une ceinture de cuir autour du corps, une lampe de fer suspendue à l'habit, et le pen-bas à la main. Ce sont les mineurs de Poulaouen qui se rendent chez eux. La mine elle-même apparaît bientôt entourée de sa vaste ceinture de bâtimens fumeux, de ses immenses machines hydrauliques dont les grands bras s'étendent sur la route avec une sorte d'intelligence, et de son gigantesque murmure plus triste encore que le silence du désert que l'on vient de traverser. Quelques pas plus avant, ce murmure s'étend, s'élève ; c'est alors une confusion bizarre de bruits étouffés et stridens, rauques ou doucement monotones. Ce sont les grincemens des poulies chargées, les rugissemens du plomb fondu qui bondit dans les chaudières, les hurlemens des machines ébranlées ; et dans les intervalles de tous ces éclats, le bruissement sourd et endormeur des eaux et des voix souterraines sortant de l'ouverture de chaque puits comme la rumeur éloignée d'un monde de fée ou de quelque cité ensevelie.
En continuant de suivre la grande route, vous arrivez à Carhaix, triste ville qui s'élève au bord d'une rivière immobile, telle que les guerres de la Ligue l'ont laissée, fangeuse, délabrée, noircie, toute lépreuse de misère et d'ignorance. Là vous trouvez la vraie Cornouaille, la Cornouaille avec ses vieilles moeurs. Carhaix est encore une ville du moyen âge, aux rues sans pavés, entre-mêlées de champs labourés, de courtils verdoyans. La voie publique y fait partie de chaque demeure. La moitié de la vie des habitans s'y passe. Les enfans mangent assis sur les seuils ; les femmes filent en chantant devant les portes ; les vieillards sont étendus au soleil le long de la place publique. C'est dans la rue que le pauvre bat le blé de son petit champ, que la Cornouaillaise étend son linge, au sortir du lavoir. Pendant les soirs d'été, tous les habitans du quartier se réunissent devant des boutiques à auvent, dont les devantures en saillie servent de siége aux jeunes filles ; c'est là que s'établit la veillée, que l'on raconte les ballades, que l'on chante les complaintes, ou que l'on danse les rondes montagnardes. C'est là aussi que parfois un colporteur ou un maquignon équivoque vient parler bas aux jeunes gens des dangers que court la religion et des malheurs de la famille royale. Car le Kernewote a le caractère aventureux et sauvage ; il connaît les longs affûts dans les genêts, et sait comment on cache un cadavre dans une lande ou dans une carrière abandonnée.
Toute la Cornouaille n'est pas empreinte de la stérilité sauvage du canton de Carhaix. En tournant vers Châteaulin, l'aspect change. Cette dernière ville a bien conservé encore sa crasse séculaire, mais les abords en sont rians. Port-Launay, qui se trouve à peu de distance, respire un air de civilisation coquette et d'aisance bourgeoise qui fait plaisir à contempler. Quant à Quimper, il serait difficile de lui trouver un caractère décidé. C'est une arène où combattent avec acharnement l'esprit nouveau et l'esprit ancien. Quimper a quelque chose d'une douairière qui a adopté les chapeaux et les schalls Ternaux, en conservant ses mules, ses jupons brochés et ses bas de soie à côtes. Il ne faut pas oublier, du reste, que Quimper est un chef-lieu de département, et a pris, comme tel, une sorte de physionomie douteuse, un air fonctionnaire public qui échappe au jugement. Mais, au total, toutes ces parties de la Cornouaille sont moins caractérisées. spectacle. C'est devant une de ces grandes baies solitaires que l'on comprend les longues existences des premiers chrétiens dans le désert.
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