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Les Roses refleurissent - Mathilde Alanic

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      Présentation Les Roses Refleurissent de Mathilde Alanic

       - eBook

      eBook - Mathilde Alanic 04/07/2019
    • Format : Epub2
    • Auteur(s) : Mathilde Alanic
    • Editeur : Gilbert Terol
    • Langue : Français
    • Parution : 04/07/2019
    • Format : Epub2
    • Compatibilité : Liseuse, Android, iOS, Windows, Desktop
    • ISBN : 1230003307427



    • ¿ État civil¿ Comment ? une nouvelle naissance chez les Collin ! C'est au moins le septième !

      ¿ Et ça criera encore misère, le jour du terme, tu verras. C'est scandaleux !

      M. Busset, au coin de la fenêtre, lisait la chronique locale que Mme Busset commentait, tout en façonnant d'une laine rugueuse un tricot, épais et dur comme un cilice, destiné aux pauvres. Lui, sec et jaunâtre ; elle, replète, les joues si bouffies d'une graisse blanche que les yeux et la bouche minuscule parvenaient à peine à s'ouvrir, ils se ressemblaient par l'expression de suffisance béate. Entre les deux vieillards, Estelle Gerfaux penchait, sur une broderie, son profil un peu long et sa couronne de tresses mordorées.

      Une abeille entra à l'étourdie, se cogna aux murailles couleur chocolat, à la suspension decuivre, enveloppée de tarlatane, qui ne devait se rallumer qu'en septembre, et s'envola en hâte chercher ailleurs du soleil et des fleurs.

      Et la jeune fille envia l'abeille, comme elle enviait les libres martinets qui s'élançaient, en courses folles, du chevet formidable de la cathédrale au clocher de Sainte-Radegonde, adorné d'une couronne. Oh ! s'envoler loin de ce logis sans horizon, de cette rue maussade, de ces vieilles gens sans bonté, qui décourageaient la gratitude et le dévouement !

      Retrouver le grand air, la joie d'être soi, l'activité généreuse !

      Estelle discutait en elle-même la tentation. Un rêve captait sa pensée : rejoindre à Paris son frère Adrien, qui luttait là-bas, seul et débile ; le seconder, travailler avec lui et pour lui, revivifiée au contact d'une amitié vraie, d'un coeur chaud et enthousiaste. Mais la crainte de surcharger l'existence du jeune artiste, déjà si compliquée, arrêtait son désir.

      Quelle issue chercher à cette vie nostalgique où, lentement, Estelle se sentait s'atrophier ? Elle le savait : elle ne pourrait, sans susciter la critique et les reproches, se soustraire à la mainmise appesantie sur elle. L'oncle et la tante Busset, aux yeux du monde, s'étaient acquis des droits à la reconnaissance de leur nièce. N'avaient-ils pas évité la faillite à son père, le grand bâtisseur et maître de carrières de Chauvigny, entraîné à la ruine par de trop vastes entreprises ? Et ensuite, à la mort du vaincu, ne donnèrent-ils pas l'asile de leur propre toit à la veuve et à l'orpheline ? Qui donc eût fait mieux ?

      Mais que de mauvaise grâce en ces bienfaits ! Que d'aigres ferments dans le pain offert ! Racornis par l'égoïsme, ne s'intéressant guère qu'aux fluctuations de la Bourse et à leurs régimes de santé, l'ex-principal du Trésor et sa digne moitié étaient, nonobstant, travaillés d'une ambition posthume. Ils souhaitaient que leur souvenir fût honoré de leurs concitoyens, et, pour cela, entendaient léguer la majeure partie de leur fortune à la municipalité de Poitiers. En retour, le nom de Busset serait certainement décerné à une rue, et leurs effigies recueillies au Musée.

      Ainsi soulevés par ce désir de gloire, ces deux médiocres, avec un grand souci de décorum et de correction, vivaient piètrement, afin de rendre le don plus magnifique.

      Dans ces conditions, leur générosité envers leurs parents malchanceux fut aussi restreinte que contrainte. Estelle, à grand'peine, supportait l'humiliation de cette hospitalité hargneuse. Mais sa mère était touchée mortellement. Et pour ménager la paix de la chère malade, la jeune fille étouffa ses révoltes. Mme Gerfaux languit plus d'une année. Puis la patiente sollicitude d'Estelle n'eut plus d'objet¿

      Cependant, déprimée, désemparée, elle restait, depuis trois mois, à la place où l'avait frappée cette dernière douleur¿

      ¿ Allons, encore une dégringolade ! annonça M. Busset, poursuivant la lecture du Journal de Poitiers. Les Villebon déposent leur bilan¿

      ¿ Facile à prévoir ! susurra Mme Busset, entre ses minces lèvres froncées. Encore des gens qui voyaient trop grand !¿ On a déjà connu ça !

      Estelle reçut la pointe en plein coeur. Ces attaques contre la chère mémoire de son père la soulevaient de colère impuissante. Son front s'alourdit davantage, et l'aiguille mordit à tort et à travers dans le linon.

      ¿ Je ne puis plus endurer cela, pensait-elle. À la longue, je vais les haïr.

      Une ombre d'homme passa, rapide, devant la fenêtre basse. Un coup de sonnette retentit.

      ¿ M. Marcenat ! chuchota M. Busset, aux aguets derrière le rideau.

      Ce fut comme un coup de vent qui traversait l'atmosphère assoupie. M. Marcenat ! Ce nom, de très ancienne notoriété poitevine, des maires, ¿ voire des échevins, ¿ des magistrats, des députés, l'avaient inscrit tour à tour dans les annales de la province. Et le titulaire actuel, conseiller général, jurisconsulte réputé au Palais et à la Faculté, érudit, philanthrope, rehaussait l'éclat de son ascendance par sa valeur personnelle : un de ces hommes, enfin, qui ne peuvent passer dans une rue de leur ville sans voir tous les chapeaux s'abaisser.

      M. Busset, à deux paumes, lissa ses mèches clairsemées ; Mme Busset, d'une main agitée, vérifia la rectitude de sa broche, de son col de dentelle, et ses frisures implacablement noires. Estelle laissa tomber son ouvrage ; une flamme éclaira ses yeux obscurcis : M. Marcenat avait connu et estimé son père.

      Le visiteur, en colloque avec la servante, dans le vestibule, élevait la voix :





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