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Lettre à Grasset - Charles-Ferdinand Ramuz

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      Présentation Lettre À Grasset de Charles - Ferdinand Ramuz

       - eBook

      eBook - Charles-Ferdinand Ramuz 13/04/2019
    • Format : Epub2
    • Auteur(s) : Charles-Ferdinand Ramuz
    • Editeur : Genève Mermod 1941
    • Collection : Oeuvres de Charles-Ferdinand Ramuz
    • Langue : Français
    • Parution : 13/04/2019
    • Format : Epub2
    • Compatibilité : Liseuse, Android, iOS, Windows, Desktop
    • ISBN : 1230003182581



    • « Nous n'avons pas eu de 17ème siècle ; car alors nous étions Bernois, c'est-à-dire complètement muets, inexistants. Et c'est précisément pendant ce temps, que la langue « française » prenait sa forme définitive. J'aime votre 17ème siècle, j'aime le français, un certain « français » dont il a définitivement sanctionné l'usage, mais n'y puis voir pourtant (parce que je viens du dehors) qu'un phénomène tout occasionnel, tout contingent (qui aurait pu ne pas se produire), et qui précisément, pour ce qui est de nous et de moi, ne s'est pas produit. Précisément pour ces mêmes raisons, je me refuse de voir dans cette langue « classique » la langue unique, ayant servi, devant servir encore, en tant que langue codifiée une fois pour toutes, à tous ceux qui s'expriment en français.

      Car il y a eu, il y a encore des centaines de français ; qui, bien mieux, sont sans cesse en train de se défaire et de se refaire, c'est-à-dire vivent, c'est-à-dire deviennent tandis qu'elle (cette langue « littéraire ») tend de plus en plus à s'immobiliser et à mourir, imposant arbitrairement à ceux qui s'en servent, tout un ensemble de règles. J'aurais voulu montrer qu'elles étaient l'émanation d'une société qui n'était plus la nôtre, qu'elle a exprimé vraiment une hiérarchie humaine, une hiérarchie naturellement acceptée dans les idées et dans les moeurs. Et admettons encore que ce français dit « classique » soit valable même aujourd'hui pour un certain nombre de Français, il n'en reste pas moins que je ne vois pas très bien comment il serait valable pour moi : il nous faut l'apprendre. Le pays qui est le mien parle « son » français de plein droit parce que c'est sa langue maternelle, qu'il n'a pas besoin de l'apprendre, qu'il le tire d'une chair vivante. Et mon pays a eu deux langues : une qu'il lui fallait apprendre, l'autre dont il se servait par droit de naissance. Il a longtemps parlé son patois (son patois franco-provençal) ; puis, sous l'influence de l'école, comme beaucoup d'autres provinces, il l'a peu à peu abandonné, mais sans perdre son accent, de sorte qu'il parle avec l'accent vaudois un certain français redevenu très authentiquement vaudois quand même ; plein de tournures, plein de mots à lui, et bien entendu par rapport au français de l'école « plein de fautes ». Je me rappelle l'inquiétude qui s'était emparée de moi en voyant combien ce fameux « bon français » était incapable de nous exprimer et de m'exprimer, parce qu'il y avait traduction et traduction mal réussie. Je me suis mis à essayer d'écrire comme ils (les paysans, les gens du peuple) parlaient, parce qu'ils parlaient bien, parlant eux-mêmes sans modèles ; à tâcher de les exprimer comme eux-mêmes s'étaient exprimés, de les exprimer par des mots comme ils s'étaient exprimés par des gestes, par des mots qui fussent encore des gestes, leurs gestes. Cette langue-suite-de-gestes, où la logique cède le pas au rythme même des images, n'est pas très loin de ce que cherche à réaliser avec ses moyens à lui le cinéma. Ces critiques qu'on me fait sont peut-être bien, tout au fond, plus sociales que littéraires ou esthétiques : on fait valoir en somme que j'appartiens à une « classe », que je suis devenu un bourgeois, que je suis devenu un « lettré », que je n'ai pas le droit de me déclasser volontairement. Ce qui suppose qu'un intellectuel est nécessairement supérieur à un non-intellectuel en ce qu'il a appris plus de choses. »

      Résumé : Lettre à Henry-Louis Mermod

      Ramuz envoie une lettre à son éditeur suisse Henry-Louis Mermod. « Publier suppose public », lui écrit-il. L'écrivain, comme l'homme, se sent poussé à justifier ses choix face aux critiques. Comme il ne veut pas écrire pour un public instruit, ces gens du peuple dont il reprend le langage le lisent-ils ? Heureusement non, dit-il¿ Car ils échappent au savoir « scolaire » qui ne forme pas, mais déforme. Une certaine école ne reconnaît pas la différence, les dons plus subtils de ceux qui ne sont pas scolaires. Pourtant, ils ont d'autres valeurs : de l'expérience, un métier. Ils utilisent parfois des de sens très développés non reconnus : « l'école se méfie extrêmement des sens comme susceptibles justement de fournir à l'individu des renseignements qu'elle ne peut pas contrôler. ¿

      Elle déteste le sens du mystère parce qu'elle distingue qu'il est la négation vivante de son enseignement ou de sa science. Au nom de sa grammaire, l'école déteste l'informulé ; au nom de sa syntaxe, le balbutiement. Or, qu'est-ce que fait l'homme, dans le fond de sa nature d'homme et en présence du mystère, si ce n'est de balbutier. »

      Une certaine école, veut fabriquer des petits bourgeois avec les paysans, les ouvriers « et par mépris de leur nature et de la nature des choses, avec une conception tout abstraite du vrai, du bien, du beau, de ce qui doit se faire et de ce qui ne doit pas se faire au nom des signes, contre l'image » : l'école confond s'exprimer et s'expliquer. Alors ses personnages comme les gens du peuple, il les aime d'autant plus qu'ils échappent à cette nouvelle socialité « par la force de leur nature. »

      Alors pourquoi et pour qui écrit-il ? Par besoin de communiquer : « L'auteur pose des questions à la terre et au ciel, et répond d'une certaine manière par là même à ceux qui posent des questions de la même espèce à ce même inconnu de la terre et du ciel. Il répond en faisant de ces questions des images ; il répond en incarnant ces questions, car le phénomène de l'art est un phénomène d'incarnation (ce que l'école ne comprend pas). »

      Comment mieux définir le rôle de l'écrivain ?





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