Mémoires de la comtesse de Boigne - Adèle d\u2019Osmond
- Format eBook: Epub2 Voir le descriptif
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Présentation Mémoires De La Comtesse De Boigne de Adèle d\u2019Osmond
- eBookTome V
MORT DE MADAME ADÉLAÏDE
1847
J'ai bien souvent entendu répéter : « Si madame Adélaïde avait vécu, la révolution de 1848 n'aurait pas eu lieu. » C'est une erreur. D'abord, à l'époque de transition où nous existons, il s'élève de temps à autre des tempêtes qui troublent tous les esprits. Rien ne peut les arrêter jusqu'à ce qu'elles aient accompli leur oeuvre.
Les peuples ont l'instinct de leur approche ; ils éprouvent un malaise général. Mais les personnes haut placées, celles surtout qui sont au pouvoir, n'aperçoivent le danger que lorsqu'il est devenu irrésistible. Je comparerais volontiers le siècle si révolutionnaire que nous traversons à la navigation du Nil.
En sortant d'un rapide où l'on a pensé périr, on se trouve dans une eau comparativement tranquille ; les rives s'écartent, l'aspect devient riant. On éprouve un certain calme, une certaine prospérité, les arts fournissent au luxe d'une société qui voudrait renaître. L'inquiétude y règne encore ; on désirerait même rentrer dans l'exercice de quelques vertus sociales, mais le point d'appui manque. On se laisse aller aux jouissances quotidiennes de la vie matérielle. Cet état de choses est qualifié par les uns le progrès, par les autres la décadence.
Cela dure un plus ou moins grand nombre d'années, et on finit par suivre, sans le remarquer, le courant entraînant sans cesse vers une nouvelle cataracte. On ne l'aperçoit que lorsqu'on y est tombé.
Alors, toutes les forces vitales du pays viennent en aide à la société pour qu'elle ne soit pas entièrement engloutie. Les convulsions durent plus ou moins longtemps ; puis on finit par rentrer dans une nappe plus calme, pour recommencer le même drame.
Toutefois, le niveau va toujours en s'abaissant ; les eaux sont de moins en moins limpides, la vie de plus en plus matérielle et les aspirations presque exclusivement sordides.
En sapant l'influence des idées religieuses, le dix-huitième siècle l'avait remplacée par le mobile de l'honneur. Forfaire à l'honneur était également l'effroi de toutes les classes, depuis le paysan jusqu'au maréchal de France, et la société en faisait sévère justice par l'opinion publique.
Aujourd'hui, il n'y a plus ni société, ni opinion publique, et l'honneur comme la foi sont devenus des mots vides de sens. Ils sont remplacés par les jouissances et le profit. L'honneur ne s'est plus réfugié que dans l'armée et seulement sous le drapeau.
Nos soldats sont la partie la plus honnête et la plus respectable de la nation, la seule qui agisse dans un but un peu élevé. Mais, là aussi, cette disposition tend à s'affaiblir ou, du moins, à ne s'exercer exclusivement que sur ce qui tient à la vie et aux devoirs militaires.
Qu'arrivera-t-il de toutes ces catastrophes se succédant à des temps plus ou moins rapprochés mais bien courts dans la vie des nations ?
Finira-t-on par trouver un niveau où plus de bien-être matériel, accordé aux masses, suppléera aux distinctions intellectuelles recherchées jusqu'ici, ou bien passerat-on par une époque quelconque de barbarie pour revenir à des idées plus élevées ? C'est ce qu'il est bien impossible de prévoir.
Cependant, je serais tentée de croire que l'âme reprendra un jour sa supériorité sur la matière ; car notre globe ne fournit pas de quoi faire tout le monde riche ; et, à moins que la chimie ne réussisse à changer en pain tous les rochers, il y aura toujours des gens qui en manqueront et qui s'agiteront pour prendre à ceux qui possèdent dès qu'on ne leur présentera pas une barrière morale pour les calmer et poser leurs espérances.
Mais je m'arrête. Je n'aime pas me livrer à ces sortes de considérations générales, et encore moins à usurper le métier de prophète.
Il faut pourtant accorder un peu d'indulgence à ce rabâchage, car je suis plus qu'octogénaire au moment où je reprends la plume, après l'avoir posée pendant de longues années. Je préfère parler des choses que j'ai vues et des personnes que j'ai connues.
Revenons à madame Adélaïde. Son rôle politique avait pris fin longtemps avant sa vie. Ce rôle, elle le devait à la force de son caractère et à la justesse de son esprit ; l'un et l'autre avaient fléchi devant l'affaiblissement de sa santé.
Jamais cette pauvre princesse ne s'était relevée des efforts surhumains qu'elle s'était imposés, pour venir au secours de sa famille éplorée, lors de la mort de monsieur le duc d'Orléans. La persistance du désespoir de la Reine lui ayant fait négliger un peu le Roi, madame Adélaïde ne s'était plus permis un instant de relâche, afin de suppléer à ce vide.
La nécessité de s'occuper des affaires avait soulevé le poids de la douleur sous lequel Louis-Philippe avait paru abîmé dans le premier moment. Plus tard, on put soupçonner que la satisfaction de ne plus rencontrer aucun obstacle à ses volontés lui apportait une véritable consolation ; et sa soeur, dès lors, n'eut plus d'autre soin que de les écarter d'autour de lui.
Monsieur le duc d'Orléans avait pris très au sérieux son métier, comme il le disait lui-même, de prince royal. Il voulait être au courant de toutes choses. Il était très respectueux et fort tendre pour le Roi ; mais il n'entendait pas voir gâter les affaires de façon à lui rendre son avènement au trône plus difficile.
C'était la seule personne avec laquelle le Roi comptait toujours. Il avait coutume de dire à ses ministres : « Voilà qui est bien ; mais qu'en dira le seigneur Chartres ? » et, plus souvent encore peut-être, à sa femme et à sa soeur : « Découvrez ce qu'en pense Chartres. »
Ce frein était d'un grand avantage en arrêtant parfois des idées trop légèrement conçues.
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