Cybèle - Jean Chambon
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Avis sur Cybèle de Jean Chambon - eBook
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Présentation Cybèle de Jean Chambon
- eBookCependant le bruit s'était répandu dans la grande ville que par un de ces phénomènes supernaturels qui déroutent toute science et confondent toute raison, un habitant d'une planète sidérale en tout semblable à Cybèle, mais sa cadette de plusieurs milliers d'années, était arrivé dans la capitale où il avait été accueilli par une honorable famille algérienne. Un fait si peu vraisemblable passa d'abord pour un conte plaisant ; mais peu à peu ce bruit prit de la consistance et de l'autorité, et pour si merveilleux qu'il fût par lui-même, on renchérit encore sur ce qu'il avait de réel. L'approche imminente d'un terrifiant cataclysme occupait alors tous les esprits et en bouleversait un grand nombre. Certains voulurent voir dans cette visite miraculeuse d'un habitant des deux les plus reculés, l'envoi d'un messager divin porteur de pleins pouvoirs pour conjurer d'effroyables malheurs ; d'autres virent au contraire en cet extraordinaire envoyé, un sinistre prophète annonçant que la fin du monde était proche. Les gazettes s'emparèrent de la nouvelle et déraisonnèrent elles aussi à qui mieux mieux sur une chose qui échappait à tout examen, et devant laquelle il eut été plus simple de s'incliner et de se taire. Les vrais savants, les vrais philosophes, ceux qui ont assez appris pour savoir qu'en fin de compte nous ne savons rien, acceptèrent le fait, puisque c'en était un, pour ce qu'il était, et cherchèrent seulement en gens pratiques à tirer de la présence de ce terrien semblable à leurs ancêtres de l'antiquité cybéléenne, des avantages qu'ils jugeaient inestimables pour éclairer l'histoire de ces temps reculés de renseignements nouveaux de toute sorte. On sut par Alcor, membre de plusieurs Sociétés savantes, que ce terrien était un homme d'éducation et de bonne compagnie pour son époque ; or, un aussi précieux document vivant ne devait pas être négligé un instant de plus, et Alcor se trouva mis en demeure de tous côtés d'avoir à produire son prodige.
En homme habile, Alcor ne manqua pas de profiter de cette belle occasion pour obtenir d'emblée pour son jeune ami, une chaire spéciale au Grand-Collège et pour lui faire ainsi une situation officielle des plus honorables. Ce fut donc avec cette bonne nouvelle à l'appui qu'il vint un beau matin proposer à Marius de le présenter aux corps savants de la capitale.
Un aréopage composé de tout ce qu'Alger comptait d'éminent était en séance attendant fiévreusement l'arrivée du terrien dont l'entrée fit la plus grande sensation. La personne du prodige causa d'abord, à vrai dire, un certain désappointement. On s'attendait tout au moins à voir un type de physionomie à part. Mais rien de cela. Cet homme confirmait jusque dans les moindres détails de son individu, cette identité parfaite du monde éloigné, auquel il appartenait, avec le monde de Cybèle. Il était de cette pure race caucasique des Européens en général, race qui depuis avait pris pied et s'était multipliée dans les cinq parties du monde. À peine s'il semblait y avoir dans son air quelque chose d'un peu différent, provenant sans doute de ce que chez les nouveaux Français, un mélange tardif mais enfin complet et accompli depuis nombre de siècles avec la race indigène, avait abondamment conservé le noble sang arabe et répandu un type assez semblable au type espagnol.
Au milieu de tous ces gens instruits qui avaient la connaissance du français ancien, Marius se trouva bientôt à l'aise, répondant de la meilleure grâce du monde aux questions quelquefois bizarres qui lui étaient adressées de tous côtés. La précision des renseignements qu'il donna sur l'Algérie des premiers temps de l'occupation, telle qu'il l'avait connue, et sur la France encore semblable sur la Terre à ce qu'elle fut dans Cybèle soixante siècles auparavant, émerveilla toute l'assemblée. Ses souvenirs algériens étaient assez précis pour pouvoir indiquer au juste l'emplacement même qu'avaient occupé, soit la mosquée d'Abd-er-Rabman, soit le tombeau de la Chrétienne, ou la sépulture des cinq deys, soit la statue équestre du jeune duc d'Orléans, et rectifier ainsi plus d'un point douteux qui divisait les archéologues et avait passionnément fait couler des flots d'encre et de paroles.
Une chose surtout dont on ne se lassait pas, c'était de l'entendre parler comme d'une actualité de ces vieilles questions politiques, sociales, religieuses ou littéraires que Marius avait laissé continuer de se débattre sans lui par ses contemporains de la terre. Ce Paris dont il parla longtemps et avec enthousiasme, bien qu'en provincial un peu prévenu peut-être, était bien oublié des générations actuelles. Les splendeurs de Marseille l'avaient plus tard un peu effacé dans l'histoire, et Marseille elle-même avait fait son temps.
Une indéracinable tradition cependant attachait à ce nom de Paris, comme une auréole de gloire sans pareille et d'héroïque vertu. N'avait-il pas été le berceau vénérable de cette révolution qui, rompant avec les âges d'arbitraire et de violence sans frein, avait conçu, proclamé et fait triompher dans le monde entier ces nouvelles tables de la loi qui s'appelèrent les Droits de l¿homme ? Les souillures du temps, accompagnement inévitable de toute oeuvre humaine, étaient depuis longtemps effacées, lavées par le long martyrologe des apôtres du droit humain. De cette époque de rénovation n'avait-on pas fait le point de départ d'une ère qui comptait dans les fastes de l'humanité progressante ? Le premier siècle de cette ère glorieuse entre toutes, avait été comme la préface abrégée du progrès à venir qui devait traverser bien des obstacles et soutenir bien des assauts avant de voir se réaliser ce qui, dans une lucide vision, était apparu à ses instigateurs. Or l'homme que les Cybéléens assemblés avaient en ce moment devant eux, appartenait encore à cette époque révolutionnaire qui avait duré plus d'un siècle avant de clore ses agitations. On allait donc l'entendre témoigner des vertus et des dévouements de ces temps héroïques.
Marius répondit d'abord à cette attente unanime en célébrant les pères de la Révolution, les proclamateurs pleins de foi des grands principes de 89, ancien style. Mais il fallut rabattre de cette admiration quand l'interrogatoire porta sur les années d'éclipse, sur les périodes d'affaissement moral qui alternaient avec les moments d'élans enthousiastes et d'efforts généreux. Précisément la jeunesse de Marius le plaçait dans une de ces périodes de lassitude et d'énervement qui étaient comme l'envers des temps de réveil et de noble ardeur. Ses souvenirs personnels ne lui rappelaient d'abord qu'une dictature commencée par la trahison et le crime et allant finir dans un océan d'autres hontes et d'autres trahisons avec la défaite et l'abaissement de la patrie. Puis venait une confuse mêlée de viriles aspirations et d'audacieuses turpitudes, mêlée qui durait encore lorsque fut rompu le cours des destinées terrestres du conteur.
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