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La Robe d ?écailles rose - Maurice Leblanc

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      Présentation La Robe D ?Écailles Rose de Maurice Leblanc

       - eBook

      eBook - Maurice Leblanc 25/03/2020
    • Format : Epub2
    • Auteur(s) : Maurice Leblanc
    • Editeur : Gilbert Terol
    • Langue : Français
    • Parution : 25/03/2020
    • Format : Epub2
    • Compatibilité : Android, Desktop, Liseuse, Windows, iOS
    • ISBN : 1230003773437



    • LA ROBE D'ÉCAILLES ROSES

      « Je suis désolée, mon cher ami, mais si vous tenez absolument à ce que j'assiste au bal des Créhange, il faut m'ouvrir un crédit supplémentaire : je n'irai pas au bal des Créhange avec ma robe d'écailles roses. »

      C'était catégorique. Jean Darzas eut envie de dire à sa femme combien peu il se souciait qu'elle n'allât point au bal des Créhange. Mais à quels reproches l'eût exposé un pareil argument !

      Il risqua :

      « Elle est pourtant délicieuse, cette robe, et elle vous sied à ravir. Mme Dubreuil me le faisait remarquer l'autre jour?

      ? Je n''irai pas au bal des Créhange avec ma robe d'écailles roses.

      ? Mais elle est toute neuve.

      ? Merci ! je l'ai mise au moins sept fois ! Tout le monde me la connaît. Je suis ridicule avec. Tenez, j'aimerais mieux? »

      Elle s'interrompit, et gravement :

      « Savez-vous qui doit venir au bal des Créhange ?

      ? Ma foi?

      ? La princesse Dougloff elle-même, une des femmes les plus élégantes de Paris, dont on cite les toilettes, et qui lance la mode de demain.

      ? Eh bien ?

      ? Eh bien, j'ai ma réputation à soutenir, et je ne veux pas que l'on fasse des comparaisons à mon désavantage. Ma robe d'écailles roses n'est pas de la première fraîcheur, elle est démodée, je ne la mettrai pas. À moins toutefois?

      ? À moins toutefois, reprit Jean, plein d'espoir.

      ? À moins que vous n'en soyez à deux mille francs près, mon cher ami, auquel cas. »

      Darzas tressaillit à l'énoncé de ce chiffre.

      « Ah ! c'est deux mille francs que vous prévoyez?

      ? Oui, un prix de faveur que me fait Raquin? une vraie chance. Il m'a montré le modèle? Figurez-vous, mon cher ami, une tunique toute brodée, mais des broderies magnifiques? une profusion de perles baroques? »

      Sans l'écouter, il la regardait, et comme toujours cette mignonne créature qui était sa joie et son orgueil l'émouvait avec ses yeux vifs, Sa petite bouche un peu dédaigneuse et l'expression charmante, futile et réfléchie de son visage. Il l'aimait jusque dans ses caprices d'enfant gâtée. Il l'aimait comme elle était, insouciante, fantasque, cruelle souvent, mais loyale au fond et si faible !

      Il lui dit :

      « Commande ta robe, et sois la plus belle, ma Suzanne. Tu sais bien que je n'ai jamais rien su te refuser. »

      Elle parut un peu surprise d'une victoire aussi rapide, et presque déçue en même temps, car elle avait accumulé pour la bataille toute une provision de forces et tout un système d'arguments qui lui restaient pour compte.

      Alors elle se montra généreuse et affirma :

      « Je m'arrangerai, du reste, pour que la dépense ne soit pas trop forte. Bien que défraîchie, ma robe d'écailles roses est encore très bien : j'ai l'intention de la vendre.

      ? Ah ! vous avez l'intention?

      ? Oui, on m'a indiqué une marchande à la toilette qui reprend les robes de bal à des prix très avantageux. Je suis sûre qu'elle me donnera trois ou quatre cents francs? peut-être plus? Vous verrez? laissez-moi faire. »

      ?

      Jean la laissa faire, ce qui ne changea pas grand'-chose aux conditions habituelles de leur existence. Il la laissa commander sa tunique de perles, puis commander des souliers assortis à sa tunique, et des gants qui fussent en harmonie avec ses souliers, et un éventail qui ne heurtât point la teinte de ses gants. Et tout cela fit à Suzanne une existence très chargée, un peu bousculée même, jusqu'au jour où les Créhange donnèrent leur bal.

      Lui, il travaillait, Il travaillait sans relâche, partant dès le matin pour l'usine qu'il possédait à Courbevoie, déjeunant en hâte dans son bureau et ne rentrant qu'à l'heure du dîner. Il travaillait, le front rayé de rides précoces, le visage soucieux, les épaules courbées, tourmenté par les dépenses trop lourdes de son ménage, inquiet sur l'avenir, fatigué? heureux cependant.

      Et le soir vint.

      Il s'habilla dans son cabinet de toilette, puis rentra dans la chambre où il trouva Suzanne coiffée, parée, prête à la lutte.

      « Tenez, Suzanne, voici l'argent, Vous savez que je n'aime pas les dettes. Combien dois-je vous donner ?

      ? Mais, je vous l'ai dit, deux mille francs.

      ? Ah !? je croyais? vous deviez revendre votre robe d'écailles? »

      Suzanne rougit.

      « Oui, en effet? je l'ai revendue. Seulement? je ne m'étais pas trompée? elle n'avait plus aucune valeur? toute défraîchie? hors d'usage? personne n'en voudra. J'ai été encore bien contente d'en tirer soixante francs. Cela valait mieux que rien, n'est-ce pas ?

      ? Certes, dit-il, en déposant deux billets dans une cassette où elle serrait son argent. »

      Suzanne se retourna vers lui, toute souriante déjà.

      « Regardez-moi? Suis-je belle ? Est-ce que votre femme vous plaît, mon cher ami ? Raquin a réalisé un chef-d'oeuvre? un chef-d'oeuvre de bon goût et d'originalité. Ah ! la princesse Dougloff n'a qu'à bien se tenir. »

      Elle rayonnait, adorable et splendide, vraiment belle, de cette beauté spéciale à laquelle les femmes les plus belles n'atteignent qu'à de certaines heures, par la grâce de certaines circonstances qui les exaltent et les transforment.

      Un débordement de vie et de jeunesse la soulevait. Dans l'auto qui les conduisait, elle ne cessa de parler.

      « Vous connaissez la princesse Dougloff ?

      ? Non.





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