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La Petite Rose - LOUISA MAY ALCOTT

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      Présentation La Petite Rose de LOUISA MAY ALCOTT

       - eBook

      eBook - Louisa May Alcott 01/11/2018
    • Format : Epub2
    • Auteur(s) : LOUISA MAY ALCOTT
    • Editeur : Gilbert Terol
    • Langue : Français
    • Parution : 01/11/2018
    • Format : Epub2
    • Compatibilité : Liseuse, Android, iOS, Windows, Desktop
    • ISBN : 1230002774855



    • La pauvre petite Rose Campbell s'était réfugiée un jour dans le grand salon de ses tantes, afin de rêver à ses chagrins, sans crainte d'être dérangée par personne. Elle éprouvait une sorte de joie amère à pleurer, et, sachant par expérience que ses larmes n'allaient pas tarder à couler, elle tenait déjà son mouchoir à la main pour les essuyer. Son petit corps frêle et maladif était comme perdu dans les profondeurs d'un vaste fauteuil ; ses grands yeux bleus, légèrement cernés, regardaient sans les voir les objets qui l'entouraient, et sa figure pâle avait une expression douloureuse au-dessus de son âge. Il faut avouer que, si Rose souhaitait la tristesse, elle ne pouvait choisir une retraite plus convenable. Ce grand salon sombre et froid, avec ses rideaux baissés, ses lourdes tentures, son mobilier antique et sa galerie de vieux portraits de famille, était un endroit propice aux tristes rêveries. Son aspect seul engendrait la mélancolie, et la pluie qui fouettait sans relâche les fenêtres semblait dire à la petite affligée : « Pleurez ! pleurez ! Je pleure avec vous ! »

      Pauvre Rose ! ses réflexions ne pouvaient pas être gaies. Elle n'avait jamais connu sa mère, morte quelques mois après sa naissance, et son père lui avait été enlevé l'année précédente après une longue et cruelle maladie. Elle portait encore ses vêtements de deuil, qui faisaient ressortir son extrême pâleur. Cependant, l'orpheline ne restait pas seule au monde. Elle possédait une très nombreuse famille d'oncles, de tantes et de cousins ; mais, cette famille, elle ne la connaissait que fort peu, car elle avait toujours vécu loin d'elle, avec son père, dans une autre région des États-Unis. Aussi se trouvait-elle comme une étrangère dans la maison de ses grand'tante. À vrai dire, elle n'avait guère eu le temps de s'y habituer, car elle n'y était que depuis huit jours.

      À son lit de mort, son père l'avait confiée à l'un de ses frères, le docteur Alexandre Campbell, que tous ses parents appelaient l'oncle Alec. Le docteur était alors en Chine, et on avait mis la petite fille en pension jusqu'au retour de son tuteur.

      La vie de pension ne pouvait convenir à une enfant aussi délicate. Le chagrin très naturel qu'elle ressentait de la perte de son père, n'étant tempéré ni adouci par aucune affection sage et éclairée de la part de ceux qui l'entouraient, devint en quelque sorte morbide, et sa santé, déjà fortement ébranlée par tant d'épreuves, fut sérieusement menacée. Rose dépérissait à vue d'oeil, et ses maîtresses, très inquiètes de la voir aussi maladive et craignant une grave responsabilité, avaient fait appel à sa famille.

      En l'absence de son tuteur, c'était à miss Patience et à Prudence Campbell, ses deux grand'tante, qu'incombait la charge de l'orpheline, et Rose vint habiter au manoir avec elles.

      Une semaine entière s'était écoulée depuis lors ; mais, quoique les bonnes tantes eussent fait tous leurs efforts pour l'apprivoiser, elles avaient presque perdu leurs peines. Rose se trouvait l'être le plus malheureux du monde. On lui avait pourtant donné la permission de visiter la maison depuis la cave jusqu'au grenier. Or, c'était une sorte de vieux château rempli de surprises curieuses, de coins et de recoins mystérieux, d'escaliers dérobés et de chambres secrètes. Des fenêtres nombreuses s'ouvraient sur des points de vue merveilleux, tantôt sur la forêt commençant à reverdir, tantôt sur une montagne pittoresquement située, tantôt sur la ville de Newport, qui s'élevait au bord de la mer, ou sur l'Océan lui-même, qui formait un petit golfe au bas de l'immense jardin des dames Campbell. Des petits balcons perchés un peu partout, sans souci de la symétrie de l'architecture, donnaient au manoir un aspect des plus romantiques. Rose avait d'abord examiné tout cela avec intérêt ; mais elle s'en lassa vite, et on la surprit, à plusieurs reprises, la tête appuyée sur son bras et les yeux pleins do larmes amères. Alors tante Prudence avait poussé la générosité jusqu'à lui remettre la clef de deux pièces importantes. L'une était celle d'une longue galerie vitrée, véritable musée où l'on accumulait les curiosités rapportées de tous es coins du globe par les messieurs Campbell, marins depuis plusieurs générations.

      L'autre ouvrait un grand office contenant les friandises que les enfants savent si bien apprécier. Hélas ! Rose avait regardé d'un oeil aussi indifférent les bonbons et les confitures que les objets précieux de la galerie, et tante Prudence, désolée de sa tristesse, alla réclamer le concours de sa soeur.

      Tante Patience, qui méritait bien son nom par la douceur angélique avec laquelle elle supportait les infirmités qui la retenaient clouée dans sa chambre, s'évertua à son tour à distraire sa nièce. Elle entreprit avec elle un ravissant trousseau de poupée qui eût certainement gagné le coeur de bien des petites filles plus âgées ; mais Rose n'aimait pas les poupées ; elle se souciait fort peu des robes rouges ou des chapeaux bleus de ciel qu'elle confectionnait, et tante Patience vit un jour de grosses larmes tomber une à une sur une magnifique robe de mariée en satin blanc. Le splendide trousseau fut relégué dans un carton, et personne ne parla de le continuer.





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