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Jour d'Exil Tome II - Ernest C?urderoy

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      Présentation Jour D'exil Tome Ii de Ernest C?urderoy

       - eBook

      eBook - Ernest C?Urderoy 11/11/2018
    • Format : Epub2
    • Auteur(s) : Ernest C?urderoy
    • Editeur : Gilbert Terol
    • Langue : Français
    • Parution : 11/11/2018
    • Format : Epub2
    • Compatibilité : Android, iOS, Windows, Desktop, Liseuse
    • ISBN : 1230002835341



    • Du reste, notre auteur ne se jette pas éperdument dans la polémique. Il commence une étude de longue haleine, dont le livre De la Révolution dans l'homme et dans la société (Bruxelles, J.-B. Tarride, 1852, 240 pp., in-8°) est la seule partie qui ait été publiée (septembre 1852). L'échec momentané subi par le régime issu du coup d'État lui inspira le désir de prouver « que la Révolution est immanente et permanente dans l'humanité », et il publia cette première « étude analogique sur la transformation et la révolution », fragment d'une étude plus large sur l'analogie de l'homme et de la société. Une suite, De l'Harmonie dans l'homme et dans la société, est annoncée dans les Jours d'Exil, II (décembre 1855), comme devant paraître ; mais je n'en ai trouvé nulle trace. L'élaboration méthodique de sa thèse ? qui n'est pas originale, comme il le reconnaît lui-même en discutant les précurseurs, mais qui est pour lui le fruit de ses observations comme médecin ? est interrompue par un grand chapitre intitulé :La Révolution démocratique et sociale (chapitre V), dans lequel ? ainsi que dans la Barrière du Combat (Juin 1852) et dans l'Épilogue du livre (L'Exil) ? éclate au grand jour le fond de sa pensée. Dans ces pages il écrit franchement : « Je suis anarchiste » ; et il comprend l'idée de l'anarchie dans toute sa largeur, impliquant la diversité, le libre cours donné à toutes les évolutions possibles. Il voit que la bourgeoisie ne fera plus de révolution ; « car elle sait très bien qu'il n'y a plus actuellement de révolution possible sans une attaque directe et sans réserve contre tous les privilèges qui la font vivre ». Qui donc fera la Révolution ? Il a vu le prolétariat de Paris massacré, écrasé en juin 1848, et il a perdu l'espoir qu'il puisse se relever de longtemps, si jamais. Il s'est creusé la tête à chercher une puissance assez forte pour ébranler la société, pour créer le chaos qu'il évoque ; et il est arrivé à la conclusion : « la Révolution frayant sa voie au moyen du despotisme », « la Révolution par le mal ». Une idée l'a frappé dès 1849 : « Il n'y aura plus de Révolution tant que les Cosaques ne descendront pas ».

      Cette idée a été évidemment inspirée à Coeurderoy par l'attitude de la presse réactionnaire de Paris qui, à cette époque de l'écrasement de la révolution hongroise par la Russie, ne cessait de faire appel au tsar Nicolas, dans lequel elle voyait le sauveur de l'ordre. À ces bruits d'invasion qui étaient dans l'air, Coeurderoy appliqua sa méthode trompeuse de l'analogie, et, comparant la civilisation romaine de la décadence et celle de son temps, le christianisme et le socialisme, les barbares germains d'alors et les Slaves d'aujourd'hui, il conclut que, comme alors, de même de nos jours le progrès de l'humanité se ferait par une mêlée générale comme celle qui mit fin à l'Empire romain.

      Voilà donc cette fameuse théorie des Cosaques de Coeurderoy, théorie qui a tant contribué à le faire paraître comme un simple excentrique qu'on ne saurait prendre au sérieux : prétexte spécieux pour ignorer sa formidable critique de la société actuelle, sa dissection des chefs de partis et de sectes, fussent-ils les socialistes les plus célèbres, son développement de l'idée de l'anarchie bien au-delà de Proudhon, et toutes les beautés que recèlent ses écrits. Je suis loin de prendre parti pour cette théorie : je ferai remarquer, seulement, qu'elle n'est pas très différente de la théorie, assez fréquemment soutenue, qui fait sortir le triomphe du socialisme du chaos produit par les désastres d'une guerre universelle. La Commune de Paris n'en fut-elle pas, dans une certaine mesure, une confirmation ?

      Coeurderoy fut induit en erreur par son amour des analogies. Il se laissa prendre à l'exemple apparent de la destruction de l'Empire romain par les barbares, peuples jeunes, du mélange de races qui s'en suivit, et de la victoire du christianisme, qui, avant la ruine de la société romaine par les barbares, aurait été aussi impuissant en face du pouvoir romain que l'est le socialisme en face de la société bourgeoise. Il se trompait, en outre, en se figurant le peuple russe comme un peuple jeune par excellence. Il y a en Russie, c'est vrai, une petite élite révolutionnaire, qui depuis un siècle se sacrifie pour son peuple ; mais les paysans russes, eux, dans leur immense masse, sont vieux comme les Byzantins, qui se perpétuent en eux par l'action de l'État et de l'Église. Coeurderoy s'égarera de plus en plus, quand il voudra prouver en détail, dans son livre de 1854, l'application de son hypothèse aux Russes ; mais son idée générale reste ; voici comment il l'exprimera en 1854 :

      « De par l'organisation sociale il est défendu à la masse bourgeoise de désirer la révolution de l'anarchie, car les intérêts bourgeois succomberaient avec la civilisation. Et cependant l'issue de toute tentative révolutionnaire dépend de l'attitude de la bourgeoisie. Au contraire, de par leur imperceptible minorité, il est défendu aux anarchistes d'avoir une influence décisive sur le résultat des événements révolutionnaires. Et cependant la révolution de l'anarchie, c'est la révolution de la justice, la vraie révolution. Comment briser le collier d'or qui nous étrangle ?

      « Révolutionnaires anarchistes, disons-le hautement : nous n'avons d'espoir que dans le déluge humain ; nous n'avons d'avenir que dans le chaos ; nous n'avons de ressource que dans une guerre générale qui, mêlant toutes les races et brisant tous les rapports établis, retirera des mains des classes dominantes les instruments d'oppression avec lesquels elles violent les libertés acquises au prix du sang. Instaurons la révolution dans les faits, transfusons-la dans les institutions ; qu'elle soit inoculée par le glaive dans l'organisme des sociétés, afin qu'on ne puisse plus la leur ravir !...

      « À ceux qui sont convaincus de la nécessité de mettre la civilisation à feu et à sang ;... à tous ceux-là, je dis :

      « Le Désordre, c'est le salut, c'est l'Ordre. Que craignez-vous du soulèvement de tous les peuples, du déchaînement de tous les instincts, du choc de toutes les doctrines ? Qu'avez-vous à redouter des rugissements de la guerre et des clameurs des canons altérés de sang ? Est-il, en vérité, désordre plus épouvantable que celui qui vous réduit, vous et vos familles à un paupérisme sans remède, à une mendicité sans fin ?...





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