Le Robinson suisse - JOHANN DAVID WYSS
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Présentation Le Robinson Suisse de JOHANN DAVID WYSS
- eBookLa tempête, qui durait depuis six jours déjà, au lieu de se calmer le septième, sembla redoubler de fureur. Écartés de notre route, entraînés vers le sud-sud-est, personne de nous ne pouvait dire où nous étions. Notre malheureux équipage était tombé dans l'abattement ; plus de manoeuvre, plus de lutte contre les flots, et, du reste, que faire avec un navire sans mâts et déjà ouvert en plusieurs endroits ? Maintenant les matelots ont cessé de jurer ; ils prient avec ferveur, ils recommandent leur âme à Dieu, tout en pensant au moyen de sauver leur vie. Ma famille et moi nous restions dans la cabine que nous avions louée en partant. « Enfants, dis-je alors à nos quatre fils, qui, pleins d'épouvante, se serraient autour de moi. Dieu peut nous sauver, s'il le veut ; soyons soumis à sa volonté ; si nous devons périr, le ciel sera à tous notre rendez-vous. »
Ma femme essuya les larmes qui tombaient de ses yeux et se calma à mon exemple. Au fond de l'âme, j'éprouvais une affreuse douleur et de terribles craintes sur le sort qui nous menaçait. Tous ensemble nous invoquâmes le secours de Dieu : les enfants, eux aussi, savent prier à leur manière.
Fritz, mon fils aîné, priait à haute voix, et, s'oubliant lui-même, il priait pour son père, sa mère et ses frères. À la vue de ma femme, de mes enfants prosternés, je me dis que le ciel, sans doute, se laisserait fléchir et nous viendrait en aide.
Tout à coup, à travers le bruit des vagues, nous entendons un des matelots crier : « Terre ! terre ! » En même temps notre navire frappe sur un rocher et s'entr'ouvre avec un horrible craquement. Le capitaine ordonne de mettre les chaloupes à la mer ; je monte sur le tillac. Déjà, de toutes parts, les passagers s'élancent, par-dessus les bastingages, dans les chaloupes de sauvetage. Un matelot coupe la corde qui attachait la dernière de ces chaloupes au navire. Je le prie de recevoir ma femme et mes enfants. Au milieu du mugissement de la tempête mes supplications furent vaines : il ne les entendit pas ou ne voulut pas les entendre, et disparut bientôt.
Pour ma consolation, je vis que l'eau, entrée déjà par plusieurs endroits, ne pourrait point s'élever jusqu'à la chambre où était ma famille, et vers le sud, malgré la brume et la pluie, je découvris une côte à l'aspect sauvage ; mais enfin c'était la terre? c'était l'espérance !
Quoique profondément affligé, j'affectai, en rejoignant mes enfants, un air calme et serein. « Prenez courage, leur dis-je ; nous pouvons encore être sauvés. Le navire, serré entre des écueils, reste immobile, il est vrai, mais au moins nous y sommes en sûreté ; l'eau ne montera pas jusqu'à nous ; si demain le vent et la mer s'apaisent, nous gagnerons le rivage, qui est peu éloigné. » Ces paroles tranquillisèrent nos pauvres enfants, habitués à toujours croire, sans examen, ce que leur père leur disait. Pour ma femme, elle comprit les inquiétudes que j'éprouvais ; mais sa résignation vraiment chrétienne ne se démentit pas.
« Prenons quelque nourriture, me dit-elle : l'âme se ressentira du soulagement donné au corps ; la nuit qui approche peut-être une nuit bien affreuse. Que la volonté de Dieu soit faite ! »
Le soir vint ; la tempête continua ; de tous côtés, le navire était battu par les vagues, nous vîmes bien qu'aucune des chaloupes ne pourrait échapper à la tourmente.
« Papa, s'écria le plus jeune de mes enfants, âgé de six ans, le bon Dieu se décidera-t-il bientôt à nous secourir ?
? Tais-toi, répondit son frère aîné. Est-ce à nous de prescrire quelque chose à Dieu ? Attendons son secours avec patience et humilité. »
Ma femme nous prépara à souper ; nos enfants mangèrent avec plus d'appétit que nous ; ensuite, s'étant jetés sur leurs lits, ils s'endormirent profondément. Fritz seul, qui comprenait mieux que ses frères la gravité du danger, voulut veiller avec nous une partie de la nuit.
« Mon père, me dit-il, n'aurions-nous pas ici de quoi faire des espèces de corsets natatoires pour mes frères et ma mère, avec des vessies, des morceaux de liège ou des bouteilles vides ? Quant à nous, il nous sera facile de nous sauver à la nage, à force de bras.
? La pensée est bonne, lui répliquai-je ; je vais m'occuper de la mettre à exécution afin d'être, cette nuit, prêts à parer à tout événement. »
Nous trouvâmes dans notre chambre des petits barils et des boîtes de fer-blanc qui nous avaient servi à emporter des provisions de voyage ; nous les liâmes deux à deux avec des mouchoirs et les attachâmes solidement sous les bras de nos enfants ; ma femme fit la même chose pour elle ; nous mîmes dans nos poches des couteaux, des briquets, de la ficelle, tout ce qu'elles purent contenir enfin, et nous attendîmes patiemment le retour du jour, espérant, en cas que le navire achevât de se briser pendant la nuit, arriver à terre moitié en nageant, moitié poussés par la vague.
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