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La Légende de Metz - COMTE D'HÉRISSON

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      Présentation La Légende De Metz de COMTE D'HÉRISSON

       - eBook

      eBook - Comte D'hérisson 21/01/2014
    • Format : Epub2
    • Auteur(s) : COMTE D'HÉRISSON
    • Editeur : Gilbert Terol
    • Langue : Français
    • Parution : 21/01/2014
    • Format : Epub2
    • Compatibilité : Liseuse, Android, iOS, Windows, Desktop
    • ISBN : 1230000211559



    • Montreux-Vieux¿.. 40 minutes d'arrêt¿ visite des bagages. Nous sommes à la douane allemande. Nous venons de passer, il y a quelques instants, devant Belfort, et nous avons aperçu du wagon le fier et majestueux lion de Bartholdi, couché au pied des remparts. La vaillante cité, qui a lutté si courageusement pour repousser l'ennemi, ne peut se consoler de l'avoir si près d'elle.

      Mais nous ne sommes pas venus en Allemagne pour nous apitoyer sur nos défaites ; notre but est de visiter spécialement l'Alsace, Strasbourg, de nous rendre compte de l'état actuel du pays, et de voir ce que sont devenus nos vainqueurs depuis leurs conquêtes.

      Refoulons donc les sentiments de pénible révolte et de chagrin qui se ravivent en nous. Notre rôle maintenant est d'ouvrir les yeux et surtout les oreilles. Nous sommes entourés d'uniformes et de casques à pointe. Tous ces gaillards vigoureux et bien portants, dont la taille est au-dessus de la moyenne, sont rigides et sanglés dans leur tunique qui semble moulée sur leur corps. Il y a longtemps que nous avons remarqué que l'Allemand est né soldat, qu'il est fait pour porter l'uniforme.

      Les employés du chemin de fer n'ont pas l'air de fonctionnaires civils, mais bien de militaires n'attendant qu'un signal pour se réunir et s'enrégimenter sous les ordres d'un chef. Les employés supérieurs, d'une dignité, d'une correction et d'une propreté irréprochables, portent la casquette rouge à turban noir, et la tunique de l'officier. On serait en droit de les croire tels, si le collet et la casquette n'étaient agrémentés d'une roue ailée, emblème de la vitesse, dont ils sont les humbles serviteurs.

      Les lampistes, les graisseurs eux-mêmes, ont le respect de leur uniforme et semblent exercer un sacerdoce.

      La visite des bagages s'est faite sans mesures vexatoires ; tout le monde remonte en wagon, et le train file dans la direction de Mulhouse. Le pays que nous traversons est propre, riant et vivant ; la campagne est verte, mais d'une de ces verdures épaisses, grasses, humides, qui rappellent les admirables pâturages de la Suisse et de l'Écosse.

      Ici, pas de chaumières. De gracieuses maisonnettes, couvertes de tuiles, perdues dans des bouquets de feuillage, tapissées d'arbres fruitiers, réjouissent la vue.

      Les villages, très rapprochés les uns des autres, respirent l'aisance. Une grande partie des constructions et presque toutes les églises, remises à neuf, donnent un air de richesse au véritable jardin anglais que nous traversons.

      Il n'y a pas de doute ; la campagne est plus animée ici qu'en France. A notre gauche, de nombreux bateaux remontent et descendent avec une grande activité le canal ombragé d'arbres séculaires. Ces bateaux sont, en majorité, chargés de bois, de poteries et de blocs de grès rouge, de ce beau grès dont sont bâtis la plupart des monuments de la région, entre autres la cathédrale de Strasbourg.

      A droite, sur une chaussée qui serpente à travers les prairies, des machines routières à vapeur traînent de nombreux chariots, pesamment chargés, et ajoutent encore à l'animation du paysage. Pas un coin de cette campagne qui ne soit cultivé avec soin.

      Après un arrêt de quelques minutes à Mulhouse, nous continuons à traverser la campagne que la nuit couvre, petit à petit, de ses ombres. Le train fait enfin résonner les plaques métalliques tournantes qui précèdent la gare. Nous arrivons à Strasbourg.

      Il y a vingt ans que nous ne sommes venus à Strasbourg. Certes, les modifications et les nombreux embellissements, dont la ville a été l'objet, sont intéressants à constater ; mais ce dont nous tenons spécialement à nous rendre compte, c'est à quel point les Allemands ont germanisé la population, à quel point cette population accepte, sans regret, la nouvelle nationalité que lui a créée le sort des armes ? Enfin nous voudrions découvrir si, sous les obéissances passives, sous le respect que commande le vainqueur, bouillonnent un sentiment de révolte et un sincère désir de redevenir Français !

      Les Allemands sont beaucoup plus pratiques que nous, cela ne fait pas l'ombre d'un doute : ils l'ont montré à nos dépens. Nous autres, nous battant pour le plaisir de vaincre, comme disent en nous raillant les Anglais, nous ne savons pas exploiter nos victoires, qui ne compensent jamais par leurs avantages les pertes de nos défaites.

      Ce côté pratique de leur nation, les Allemands en ont donné une nouvelle preuve par leur manière d'agir à l'égard de l'Alsace.

      Il n'est jamais venu à la pensée des Français, pendant plus de deux siècles de possession, de victimer l'Alsace, de froisser tous ses instincts, toutes ses habitudes, de lui interdire par exemple de parler allemand, de lui imposer la langue française. Il paraît que nous avons eu tort, puisque cela a permis à nos voisins de revendiquer cette province, sous le prétexte que tous les pays où l'on parle allemand appartiennent à l'Allemagne.





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