La Papesse Jeanne - Renée Dunan
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Présentation La Papesse Jeanne de Renée Dunan
- eBookUn jour de printemps cependant, Ioanna se sentit lasse et la tête lourde. Chaque mois elle dissimulait avec soin à ses frères son indisposition féminine, et nul ne soupçonnait toujours rien. Elle couchait dans une petite cellule isolée, car l'abbaye était pleine de moines, et l'abbé avait craint la corruption du néophyte dans les dortoirs communs.
C'est que Raban Maur connaissait les humains. Il n'ignorait aucunement que pour certaines de ses ouailles le mobile qui les attachait à Fulda fût tout autre que la dévotion et l'amour de Dieu. Il pensait toutefois que les voies divines sont impénétrables, et qu'on peut faire un juste avec même le criminel. Il n'en fut pas moins heureux de donner à Ioanna une cellule occupée auparavant par un envoyé du Pape de Rome, qui avait séjourné un an dans le monastère afin d'en soumettre les règles à Sa Sainteté.
Or, ce jour-là, Ioanna, lasse, obtint de frère Wolf la permission de se coucher. Elle avait une sorte de fièvre et les yeux creux.
? Allez, mon frère dit l'érudit. Et passez à la cuisine boire un peu de cette infusion d'herbe qui donne le sommeil et le calme du corps.
La jeune fille entra dans sa chambre nue. Il faisait une chaleur lourde et accablante. Elle se mit à genoux, près du grabat qui lui servait de lit et pria.
Elle se sentait plus proche de Dieu, ce jour-là, et il lui semblait que l'infini s'ouvrit, à sa prière, plus ardemment qu'à celle de tous les autres moines.
Ensuite elle s'étendit.
Mais elle était incommodée par sa lourde robe et pensa la quitter.
Pourtant, si on la surprenait ?
Sa porte ne fermait point, mais, au vrai, le couloir qui y menait était isolé dans le jour, car la nuit on y passait pour se rendre à la chapelle.
Elle se recoucha. Le coeur lui battait à grands coups.
? Mon Dieu, pria-t-elle, faites que je m'endorme car je me sens énervée et presque en état de péché.
Une force la soulevait malgré elle, lui arquait les reins et lui disjoignait les jambes. Elle sentait son sang, comme un sirop bouillant, passer avec lenteur dans ses veines.
? Mon Dieu donnez-moi le sommeil !
Enfin, n'y tenant plus, elle quitta la robe et se crut soulagée. Elle l'étendit sur elle, enleva la corde qu'elle portait sur les hanches et qui lui avait fait un sillon rouge dans la chair, puis s'endormit.
Il y avait depuis peu, parmi les moines, un ancien homme de guerre, robuste, droit et de caractère sombre, que l'abbé entourait d'une amitié protectrice, ce qui laissait croire à beaucoup que ce fût son fils.
On le nommait frère Gontram.
Il conversait parfois avec Ioanna. Elle ne savait pourquoi sa présence l'emplissait d'une sorte de trouble terreur et lui faisait fléchir les jarrets. Elle n'avait même osé confesser cette impression bizarre et crispante.
Et voilà que dans son rêve elle vit frère Gontram.
Il portait la vêture des soldats et s'approchait d'elle, angoissée, qui ne savait, la bouche cousue d'émoi, que lui dire. Elle se souvint qu'on chuchotait parmi les moines la raison qui avait mené Gontram au monastère. Il avait été l'amant de la reine Judith, la redoutable épouse de l'Empereur. Or, un jour qu'elle se refusait à lui devant les servantes, il l'avait frappée et prise comme une fille. Et elle avait juré de le faire supplicier.
Ioanna rêvait toujours et voyait mille choses inconnues, mais si profanes que sa pensée s'en effarait. Serait-elle maudite et quel lourd péché c'était que de rêver ainsi !
Brusquement elle s'éveilla. Elle ouvrit les yeux, dans un sentiment confus, où le rêve et le réel se mélangeaient si étroitement qu'elle ne savait les distinguer.
Et elle se vit nue.
Devant elle, frère Gontram, un sourire aux lèvres, se tenait debout. Il lui dit :
? Oh Ioan ! Dieu vient donc de faire un miracle pour moi.
Elle ne répondit point tant la terreur l'étreignait.
L'homme reprit :
? Car il t'a transformé en femme, selon mon voeu, et il désire sans nul doute que je me conduise avec toi comme avec celle qu'on aime.
Il la saisit de ses larges mains de soldat.
? Car je t'aime?
Elle s'évanouit sans dire un mot, mais, avant de sombrer, son esprit perçut bien que son corps acceptait le désir du hardi personnage?
Et elle, ensuite?
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