Histoire du célèbre Pépé - Edgar Monteil
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Avis sur Histoire Du Célèbre Pépé de Edgar Monteil - eBook
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Présentation Histoire Du Célèbre Pépé de Edgar Monteil
- eBookLE PAUVRE PETIT PERDU
Oh ! comme il faisait froid !
Paris était couvert de neige. Les tuyaux des cheminées pointaient noirs sur les toits blancs. Le ciel était d'un gris sombre. Dans les rues, les cantonniers traçaient des sentiers de sable sur le linceul terni de l'hiver. Les Parisiens couraient, sans s'attarder, enveloppés dans leurs pardessus, avec des foulards ou des cols de fourrure remontés jusqu'aux oreilles. Les pauvres gens grelottaient les poings fermés ou soufflaient sur leurs doigts bleuis. On rencontrait beaucoup de malheureux qui tendaient timidement la main.
Il faisait si froid !
Les nez rougissaient comme des carottes, les oreilles avaient la couleur du homard cuit, les paupières clignotaient et les lèvres remuaient avec peine.
L'haleine sortant chaude formait un nuage devant la bouche des personnes et devant les naseaux des chevaux.
L'épaisseur de la neige amortissant les pas et le bruit des roues, Paris semblait plongé dans le silence. Les cochers juraient vilainement parce que leurs chevaux glissaient. À tous les carrefours on voyait des attelages par terre.
Au Bois, on patinait. Les gens riches avaient pu lancer leurs traîneaux qui parcouraient au trot allongé des coursiers et au joyeux tintement des sonnettes et des grelots les Champs-Élysées et les avenues ; ces gens étaient chaudement vêtus et couverts de peaux à longs poils.
Quand ils rentraient chez eux, leurs chambres avaient une douce chaleur, de grands feux de bois clairs et brillants pétillaient dans leurs cheminées, et leurs enfants jouaient sur des tapis moelleux avec de coûteux joujoux. C'était le bonheur.
À côté, il y avait le malheur, le logement sans feu, les parents sans lit, les enfants sans pain.
Ils ont bien froid les petits pauvres qui n'ont rien mangé, sous leurs haillons qui ne les couvrent pas, et il y a beaucoup de petits pauvres à Paris !
Dans une mansarde d'une des plus anciennes et des plus étroites rues de la vieille capitale, la rue de Venise, qui va de la rue Beaubourg à la rue Quincampoix, habitait un jeune homme avec une jeune femme. Ils avaient un beau petit enfant de deux ans. L'homme, qui se nommait Joseph Paulin, et sa femme étaient assis tous deux par terre tandis que leur enfant, Pierre, dormait enrouler dans une couverture. Cette couverture était la seule chose qu'il y eut dans cette mansarde avec un plat en terre et une cruche d'eau. Pas de lit, pas de chaise, pas de feu, rien. Le père et la mère gelaient ; la mère veillait incessamment sur son enfant dans la crainte que le froid ne vint le saisir pendant son sommeil, et chaque fois qu'elle le regardait une larme tremblait au coin de sa paupière et descendait lentement sur ses joues.
? Puisqu'il n'y a pas moyen, disait l'homme.
La femme secouait la tête.
? Non, pas lui, disait-elle en désignant l'enfant, pas mon petit Pierre, pas mon Pépé.
L'homme avait cherché de l'ouvrage, n'en avait pas trouvé, et il disait :
? J'ai fait ce que j'ai pu et je suis à bout de forces. Voilà trois mois que je me ronge, sans travail. Je n'en puis plus. Toi, tu n'as rien de ton côté. Peu à peu nous avons tout vendu, tout vendu ; nous avons brûlé notre dernière chaise. Retourner frapper à la porte des patrons, vêtu comme me voilà, après avoir reçu quatre sous de ma dernière chemise pour acheter du pain, c'est aller au-devant des refus. Il n'y a plus moyen. Il n'y a plus moyen !
? Que veux-tu ?? Faisait la femme avec un accent résigné? Mais pas lui, oh ! non, pas l'enfant !
Joseph Paulin venait de proposer à sa femme d'en finir avec la vie, de mourir avec leur enfant, et, elle, elle consentait à partir pour toujours avec son mari, à laisser son enfant privé de sa mère, mais elle voulait être sûre de le voir vivre, elle voulait le savoir sauvé.
? Que faire ? répétait Joseph Paulin. J'ai été jusqu'à mendier, et tu sais, ma pauvre femme, ce qu'on m'a donné. Cinq sous pour toute une journée passée à tendre la main. Ceux qui ont chaud ont trop de peine à sortir leurs doigts de leur poche. Hier, le petit a mangé deux sous de pain, nous rien? Aujourd'hui, il a faim. S'il faisait soleil, nous prendrions courage, le petit pourrait supporter davantage la souffrance, mais il fait si froid ! Ah ! la misère ! la misère !
? Au bureau de bienfaisance, tu n'aurais rien ? demanda la mère.
? J'y ai été trop souvent ; ils sont fatigués de me voir et ils m'ont donné ce qu'ils ont pu ; leurs ressources sont limitées. J'irais bien mendier encore, mais cela ne nous sauverait pas, et si j'étais ramassé par la police, quelle honte ! Nous sommes des ouvriers honnêtes, nous avons travaillé tant qu'il y a eu de l'ouvrage, il n'y en a plus? que veux-tu !?
? Oh ! mon pauvre Pépé !
Pépé, c'était l'abréviation du nom de Pierre. C'était « Pépé » que la mère appelait constamment son enfant.
? Te souviens-tu, dit-elle à son mari, quand je te fis tatouer sur la main droite de notre petit Pierre deux P-P.
? Il y avait du travail alors et de la joie dans la maison, soupira Joseph Paulin.
? Oh ! j'avais si peur de le perdre, si peur qu'on ne nous l'enlevât, tandis que nous étions à notre journée ! Pauvre petit Pépé ! Ces deux P-P tatoués, c'était son nom de Pierre Paulin, c'était aussi le nom que je lui donnais, Pépé. Oh ! mon enfant !
Dans un élan de tendresse, elle l'embrassa, et l'enfant se réveilla en criant :
? Faim, Pépé ! faim ! maman, faim.
La pauvre maman, dont les entrailles se retournaient à ce cri terrible, l'embrassa longuement, comme si son baiser eût dû calmer la faim de son enfant.
Joseph, dont la voix de l'enfant avait secoué le coeur, passa le revers de sa main sur ses yeux.
? Tu vois? fit-il.
Il redemandait à sa femme d'en finir avec la vie, tous trois, de s'en aller à la Seine qui charriait de gros glaçons et de se laisser glisser au fil de l'eau après s'être embrassés une dernière fois. L'eau était si froide ! ils seraient gelés tout de suite et souffriraient peu? et puis, quelques secondes de plus ou de moins? ce n'était rien auprès de la faim, de la misère qu'ils supportaient depuis si longtemps.
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