Les Dictateurs - JACQUES BAINVILLE
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Présentation Les Dictateurs de JACQUES BAINVILLE
- eBookExtrait :
HITLER
Le dernier venu des dictateurs européens n'est pas celui dont la personne et la tâche sont les plus faciles à comprendre. Il est sans aucun doute l'homme de notre temps dont on a donné les interprétations les plus divergentes et les plus nombreuses. À chaque pas en avant qu'il faisait, on prédisait sa chute prochaine s il est vrai qu'on annonça aussi pendant longtemps la disparition imminente de Benito Mussolini. Quoi qu'il en soit, en peu d'années, il est devenu non seulement le maître de l'Allemagne, mais un des deux ou trois hommes qui tiennent entre leurs mains le sort de l'Europe.
Adolf Hitler, comme on le sait, n'est pas né citoyen allemand. Il a vu le jour en 1889, à Braunau-am-Inn, petite bourgade « bavaroise de sang mais politiquement autrichienne », comme il l'a écrit lui-même, et située à la frontière de ces deux États germaniques, Allemagne et Autriche, que le futur chancelier du Reich devait se donner comme tâche primordiale de réunir en un seul Empire. Il avait pour père un employé des douanes qui désirait faire de son fils un fonctionnaire. Celui-ci s'y refusa et déclara qu'il voulait devenir peintre. Il avait douze ans. À treize ans, le père mourut, et Adolf Hitler quitta son école pour l'Académie des Beaux-Arts de Vienne.
Après la mort de sa mère, c'est là qu'il vécut pendant plusieurs années, ayant découvert que sa vocation de peintre n'était peut-être pas très profonde, mais qu'il avait d'incontestables dispositions pour l'architecture. Il demeura cinq ans à Vienne, cinq ans de misère assez pénible, où il poursuivit ses études tout en gagnant sa vie comme manoeuvre, et en dévorant les livres qui lui tombaient sous la main. Il déclare lui-même avoir formé toutes ses idées à cette époque, avoir appris à comprendre les hommes. C'est en particulier de ce temps que datent à la fois sa haine de la monarchie des Habsbourg, ses idées sociales, sa méfiance à l'égard de la social-démocratie et du marxisme ¿ et son violent antisémitisme.
En 1912, Adolf Hitler quitta Vienne pour Munich, ville qu'il chérira toujours particulièrement et dont il se sentait beaucoup plus proche, ne fût-ce qu'à cause du dialecte bavarois, que de la capitale austro-hongroise. Il commença à s'occuper de politique, hostile à l'alliance de l'Allemagne et de l'Autriche, qui ne pouvait, d'après lui, qu'amener une catastrophe, et affirmant que le vrai problème à résoudre était d'abord de détruire le marxisme. Quand la guerre éclata, il réussit à s'engager dans un régiment bavarois.
Il fit la guerre dans l'enthousiasme. « Alors commença pour moi, devait-il écrire plus tard, comme pour tout Allemand, le temps le plus inoubliable et le plus sublime de toute mon existence terrestre. » Il fut blessé et, en 1918, c'est à l'hôpital qu'il apprit à la fois l'armistice et la révolution. Il avait failli perdre la vue et devait en tout cas renoncer au dessin. Il jura de se consacrer au salut de la patrie allemande.
Comme il était chargé (car il n'avait pas encore quitté l'armée) d'enquêter sur les mouvements révolutionnaires de son régiment, il fut mis en rapport avec une association politique qui venait de s'organiser sous le nom de « Parti ouvrier allemand » et reçut bientôt, sans avoir fait aucune démarche, une carte l'informant qu'il était inscrit dans le parti. Il fut tout d'abord étonné de cette manière étrange de recruter des adhérents, assista à une séance du comité qui l'effraya par ses méthodes archaïques et parlementaires, puis il réfléchit. Il se dit que le seul moyen d'arriver au but était justement de faire partie non pas d'un vaste ensemble organisé, mais d'un petit groupe inconnu dont il ferait ce qu'il voudrait, et où il pourrait vite devenir le chef. Il se décida alors à franchir le pas. Il devint membre du Parti ouvrier allemand, et reçut le n° 7. C'était en 1919, et le parti n'avait compté en effet jusque-là que six adhérents.
Il va sans dire que les premières séances tenues par cet embryon, on peut dire cette caricature de groupement politique, qui se proposait tout simplement de reconstituer un Empire germanique dans sa force et sa souveraineté, passèrent complètement inaperçues. Un jour cependant, on réussit à réunir cent onze personnes ¿ quarante de moins que Mussolini pour la première réunion politique des Faisceaux. ¿ Pour la première fois, Hitler parla en public. Au bout d'une demi-heure, la salle était enthousiasmée : Hitler s'était révélé grand orateur. En 1920, à Munich, il tint la première grande réunion du « Parti ouvrier allemand national-socialiste » (tel était le nouveau nom qu'il avait adopté), qui eut un énorme succès.
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