Les Deux fraternités - Delly
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Avis sur Les Deux Fraternités de Delly - eBook
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Présentation Les Deux Fraternités de Delly
- eBookIl venait de s'arrêter devant le magasin d'un tapissier décorateur. Derrière l'immense vitre, sous la clarté intense et douce répandue par les ampoules électriques, des meubles étaient disposés avec art, de jolis meubles d'une élégance raffinée, chiffonniers de bois précieux aux incrustations légères, charmants petits bureaux bien faits pour les correspondances frivoles, fauteuils Louis XVI d'une grâce exquise, recouverts d'admirables soieries? Et d'autres soieries encore, d'un rose délicieusement passé, d'un vert très pâle, d'un blanc d'ivoire, des soieries brochées, d'autres rayées et semées de fleurettes, formaient un chatoyant et luxueux décor à cette exposition d'un des plus « selects » magasins des boulevards.
La lumière qui mettait en valeur toutes ces élégances éclairait aussi des pieds à la tête le curieux arrêté à la devanture. C'était un jeune homme, vêtu en ouvrier aisé. Grand et fort, il avait un visage accentué, une barbe brune épaisse et légèrement frisée. Ses paupières étaient en ce moment un peu abaissées, ne laissant qu'à demi apercevoir le regard? Mais quelle expression d'envie, d'amertume haineuse se lisait sur cette physionomie !
Un jeune couple, descendant d'un élégant coupé, entra dans le magasin ; les paupières de l'homme se soulevèrent, laissant voir des yeux clairs qui donnaient à ce visage une vive expression d'intelligence. Ils suivirent, à l'intérieur, les arrivants : lui, un bel homme à l'air sérieux et très aristocratique ; elle, une toute jeune femme brune, fort jolie, habillée avec une élégance sobre. On s'empressait autour d'eux, ils étaient évidemment des clients de marque? Et l'oeil clair de l'ouvrier s'imprégnait de haine et d'envie, sa bouche aux lèvres épaisses se crispait nerveusement?
? Malheur !? quand est-ce qu'on les démolira tous, ces riches ! siffla-t-il entre ses dents serrées.
Il eut tout à coup un petit sursaut en sentant une main se poser sur son épaule.
? Tiens, je ne me trompe pas, c'est toi, Prosper ! disait en même temps une voix sonore.
Il se détourna et se trouva en face d'un jeune ouvrier, un gentil garçon à la mine ouverte et au regard très droit.
? Ah ! c'est toi, Cyprien !
? Mais oui? Tu te balades par ici, toi ! Il n'y a donc plus de travail chez Vrinot frères ?
Prosper leva les épaules en grommelant.
? Je prends du congé quand ça me plaît? et puis s'ils ne sont pas contents?
Un geste expressif acheva sa phrase.
? Ils te remercieront un de ces jours, mon vieux, et ce serait dommage, car tu es bien payé !
? Bah ! je trouverai ailleurs !? Mais je veux être libre, libre de travailler un jour et de me promener le lendemain si ça me dit. J'en ai assez d'être courbé comme un esclave sous la volonté des patrons, de peiner pour les enrichir, tandis que je reste, moi, aussi pauvre que devant ! Il est grand temps que nous balayions tout ça, nous autres, les prolétaires, qu'on exploite et qu'on méprise !
Il prononçait ces mots d'un ton bas, où vibrait une sourde haine.
Cyprien eut un énergique haussement d'épaules.
? Cette bêtise !? Tu auras beau faire, toi et tous les imbéciles qui te tournent la cervelle, il y aura toujours des pauvres et des riches tant que le monde existera !
? Ça m'est égal, si ce sont les riches d'aujourd'hui qui deviennent les pauvres de demain et nous autres qui prenons leur place.
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