Le Collage - Paul Alexis
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Présentation Le Collage de Paul Alexis
- eBookDeux heures du matin.
Je sors de citer les Germondy, un ménage des Batignolles, où, en ma qualité de célibataire, je vais m'inviter à dîner, quand ça me prend. Eh bien, c'est absolument comme les autres lundis. Je ne sais pas ce que j'ai ! Je me sens tout chose. Au lieu de me coucher tranquillement, pour être demain de bonne heure à mes affaires, si je m'écoutais, je crois que je ressortirais, pour faire je ne sais quoi, des bêtises.
Ce n'est certainement pas la nourriture, ni les vins fins. Germondy, un ami très sûr et qui ne ferait aucune cérémonie à cause de moi, ne jouit pas d'un bon estomac. Après avoir longtemps abusé de la table, aujourd'hui, par ordre du médecin, il est obligé d'enrayer. Plus d'huîtres ni le truffes ! Plus de mets exotiques, aux saveurs perverses, relevés par des épices incendiaires ! Mais la soupe et le boeuf, un plat maigre, un rôti substantiel, arrosé d'un bordeaux de propriétaire. On ne prend pas de café le soir, dans cette maison. Seulement une tasse de thé léger, avec de la crème et des petits fours, vers les onze heures.
Ce n'est pas non plus l'impression des charmes de madame Germondy. Outre que le mari est pour moi une sorte de frère aîné, auquel, pour rien au monde, je ne voudrais causer du désagrément, je considère cette femme comme la plus foncièrement honnête, la plus inattaquable de toutes les mères de famille. Même autrefois, lorsqu'elle était toute jeune et gaie, du vivant de ses deux amours de babys, je ne m'y serais pas frotté. Encore moins aujourd'hui ! Aujourd'hui que, dans le vide de la maison sans enfants, madame Germondy, à jamais triste, commence à avoir quelques cheveux blancs. Elle ne songe même pas à les teindre.
Alors qu'est-ce donc ? Je ne me sens plus dans ma sérénité ordinaire. Pourquoi ?
Un autre lundi.
Ce soir, il y a eu un extra : de la langouste ! Cet imprudent de Germondy en a repris trois fois. Puis, pour que la débauche fût complète, au sortir de table, on a tapé sur la chartreuse verte. Mon gourmand a été jusqu'à minuit d'une humeur charmante. Il s'est intéressé à moi, à ma santé, à mes affaires, à mes plaisirs. Et il a lutiné un peu sa femme : « ma bichette » par-ci, « ma louloute » par-là ! Ne se gênant pas devant un intime, il a même embrassé madame Germondy sur une paupière, et au bout du nez, et sous la nuque. Tout cela, d'ailleurs, innocemment, sans la moindre intention, je ne dirai pas égrillarde, mais même réellement conjugale. Si bien que moi, pendant ces ébats, tout en ayant l'air de parcourir le journal, je me disais : « Toi ! quand je te regarde manger de la langouste, tu y prends visiblement tant de plaisir, que tu me donnes aussitôt envie d'en manger. Mais, quand je te vois caresser ta femme ainsi, en camarade, tu ne me donnes aucune envie de me marier. » Alors, si je ne songe pas au mariage, pourquoi suis-je encore revenu tout bouleversé de la rue des Moines ?
À minuit et demi, lorsque j'ai eu pris congé de madame, lui, Germondy, en robe de chambre et en pantoufles, est venu m'éclairer. Dans l'antichambre, pendant que je mettais mon pardessus, il m'a recommandé de bien me couvrir. « Va ! il ne fait pas chaud ! Brrr ! » Et il a eu comme un frisson, sans doute à la pensée de la température qu'il lui faudrait endurer, s'il avait à partir à ma place. Dans l'escalier, pendant que je descendais les premières marches, lui, accoudé sur la rampe, son bougeoir à la main, m'a raconté à demi-voix, je ne sais plus quoi, quelque chose de, drôle assurément, puisque, une fois en bas, tout en demandant le cordon, je l'entendais encore rire. Puis, je me suis trouvé dans la rue, seul.
En remontant l'avenue de Clichy, j'ai marché comme une tortue. Sur le même trottoir, un couple, tout sombre, venait au-devant de moi, à pas comptés. Ce n'étaient que deux gardiens de la paix. Puis, sans que je lui fisse signe, un cocher arrêta son fiacre. « V'là, bourgeois ! » Puis, à l'angle d'une rue, une main de femme, brusquement posée sur mon bras, m'a fait tressauter. Une femme d'au moins cinquante ans, en bonnet noir !
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