Anna Karénine - LÉON TOLSTOÏ
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Avis sur Anna Karénine de LÉON TOLSTOÏ - eBook
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Présentation Anna Karénine de LÉON TOLSTOÏ
- eBookLa princesse entra au même instant. La terreur se peignit sur son visage en les voyant seuls, avec des figures bouleversées. Levine s'inclina devant elle sans parler. Kitty se taisait sans lever les yeux. « Dieu merci, elle aura refusé », pensa la mère, et le sourire avec lequel elle accueillait ses invités du jeudi reparut sur ses lèvres.
Elle s'assit et questionna Levine sur sa vie de campagne ; il s'assit aussi, espérant s'esquiver lorsque d'autres personnes entreraient.
Cinq minutes après, on annonça une amie de Kitty, mariée depuis l'hiver précédent, la comtesse Nordstone.
C'était une femme sèche, jaune, nerveuse et maladive, avec de grands yeux noirs brillants. Elle aimait Kitty, et son affection, comme celle de toute femme mariée pour une jeune fille, se traduisait par un vif désir de la marier d'après ses idées de bonheur conjugal : c'était à Wronsky qu'elle voulait la marier. Levine, qu'elle avait souvent rencontré chez les Cherbatzky au commencement de l'hiver, lui avait toujours déplu, et son occupation favorite, quand elle le voyait, était de le taquiner.
« J'aime assez qu'il me regarde du haut de sa grandeur, qu'il ne m'honore pas de ses conversations savantes, parce que je suis trop bête pour qu'il condescende jusqu'à moi. Je suis enchantée qu'il ne puisse pas me souffrir », disait-elle en parlant de lui.
Elle avait raison, en ce sens que Levine ne pouvait effectivement pas la souffrir, et méprisait en elle ce dont elle se glorifiait, le considérant comme une qualité : sa nervosité, son indifférence et son dédain raffiné pour tout ce qu'elle jugeait matériel et grossier.
Entre Levine et la comtesse Nordstone il s'établit donc ce genre de relations qu'on rencontre assez souvent dans le monde, qui fait que deux personnes, amies en apparence, se dédaignent au fond à tel point qu'elles ne peuvent même plus être froissées l'une par l'autre.
La comtesse entreprit Levine aussitôt.
« Ah ! Constantin-Dmitritch ! vous voilà revenu dans notre abominable Babylone, ¿ dit-elle en tendant sa petite main sèche et en lui rappelant qu'il avait au commencement de l'hiver appelé Moscou une Babylone. ¿ Est-ce Babylone qui s'est convertie, ou vous qui vous êtes corrompu ? ajouta-t-elle en regardant du côté de Kitty avec un sourire moqueur.
¿ Je suis flatté, comtesse, de voir que vous teniez un compte aussi exact de mes paroles, ¿ répondit Levine qui, ayant eu le temps de se remettre, rentra aussitôt dans le ton aigre-doux propre à ses rapports avec la comtesse. ¿ Il faut croire qu'elles vous impressionnent vivement.
¿ Comment donc ! mais j'en prends note. Eh bien, Kitty, tu as encore patiné aujourd'hui ! » Et elle se mit à causer avec sa jeune amie.
Quoiqu'il ne fût guère convenable de s'en aller à ce moment, Levine eût préféré cette gaucherie au supplice de rester toute la soirée, et de voir Kitty l'observer à la dérobée, tout en évitant son regard ; il essaya donc de se lever, mais la princesse s'en aperçut et, se tournant vers lui :
« Comptez-vous rester longtemps à Moscou ? dit-elle. N'êtes-vous pas juge de paix dans votre district ? Cela doit vous empêcher de vous absenter longtemps ?
¿ Non, princesse, j'ai renoncé à ces fonctions ; je suis venu pour quelques jours. »
« Il s'est passé quelque chose, pensa la comtesse Nordstone en examinant le visage sévère et sérieux de Levine ; il ne se lance pas dans ses discours habituels, mais j'arriverai bien à le faire parler : rien ne m'amuse comme de le rendre ridicule devant Kitty. »
« Constantin-Dmitritch, lui dit-elle, vous qui savez tout, expliquez-moi, de grâce, comment il se fait que dans notre terre de Kalouga les paysans et leurs femmes boivent tout ce qu'ils possèdent et refusent de payer leurs redevances ? Vous qui faites toujours l'éloge des paysans, expliquez-moi ce que cela signifie ? »
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