L'Étourdi (1784) - André-Robert Andréa de Nerciat
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extrait:
LETTRE PREMIERE.
Préliminaires indi?pen?ables.
QUe me demandes-tu, mon cher De?pras ? pourquoi veux-tu que, par un récit ?incere de toutes mes fredaines, je te retrace ce temps orageux d'une jeune??e incon?idérée que j'ai employé follement à courir après cet Être trompeur & fugitif qu'on nomme bonheur, & dont je ne ?ai?is jamais que l'ombre. Tu de?ires, dis-tu, connaître toutes mes folies ? La plus grande, ?ans doute, e?t celle de te les raconter, tu l'exiges ; eh bien ! connais-moi, connois tous ces bouillans tran?ports, ces appétits déréglés auxquels je ne ?avois rien refu?er ; c'e?t pour toi, pour toi ?eul que j'écris.
Je ne te ferai point une énumeration pompeu?e de mes premiers parens : il t'importe fort peu de ?avoir qui ils furent. Je ne pen?e point comme la plupart de ces Gentilhommes qui, s'enorgueilli??ant d'une longue ?uite d'ayeux, joui??ent moins dans les races futures que dans celles qui n'exi?tent plus. J'ai toujours pen?é qu'il valait mieux briller de ?a propre gloire, & en réfléchir l'éclat ?ur ?es neveux, que de l'emprunter de ?es peres. Le mien occupe un des premiers rangs dans la ville de ? un frere aîné e?t marié dans la mai?on paternelle, un autre Officier dans le régiment de ? un troi?ieme frere ?ervant dans la cavalerie, une ?oeur attendant mari, & moi ; compo?ons la famille de M. de Falton, c'e?t le nom de celui à qui je dois le jour.
J'avais quinze ans lor?que je quittai le college pour aller à ** dans l'école du Génie, y étudier les Mathématiques. Les propos de mes camarades, les de?irs de mon âge, tout me di?ait qu'il exi?tait dans le monde un bonheur qui m'était inconnu, & qui ne me ?erait dévoilé que par la plus délicieu?e des expériences.
Ce fut par le moyen de quelques livres qu'on m'avoit prêté, que je fis les premieres acqui?itions de certaines notions infiniment plus intére??antes & plus liées à la nature, que le pompeux galimathias algébrique dont on m'excédait chaque jour.
Une nuit, à la ?uite de la lecture de Thémidore, je rêvai à Ro?ette qui en e?t la principale héroïne ; & par la plus chere des illu?ions, je trouvai, dans les bras du ?ommeil, les plai?irs qu'un amant goûte ?ur le ?ein de ?a maître??e.
Les impre??ions d'un ?onge ne s'effacent que long-temps après ?a fuite. En effet, j'éprouvai, après mon réveil, les ?uites voluptueu?es d'un amoureux délire : le plai?ir avait parcouru tous mes ?ens, &, avait porté le trouble & le de?ir.
Peins-toi un étalon vigoureux, découplé, l'oeil ardent, la tête haute, bondi??ant de de?irs & d'impatience, échappé du haras. Il frappe la terre, fend l'air qu'il électri?e, & ?ouffle le feu par les na?eaux. C'e?t à-peu-près l'état où j'étais, & dans lequel me trouva le Chevalier de Nanlo qui entra chez moi dans ce moment.
Nanlo étoit celui de mes camarades avec lequel je cherchais le plus à me lier d'amitié. Il avait de l'expérience ; il s'apperçut de mon agitation, & m'en demanda la cau?e. Je lui fis l'aveu de mon rêve ; il m'en plai?anta, s'ob?tinait à croire qu'il avait été volontaire, & que je ne devais nullement aux pavots de Morphée la ?ource du torrent de délices dans lequel je parai??ais nager encore. Mais le ton & la ?implicité de mes répon?es, lui fai?ant connaître que je n'étais nullement coupable de ce qu'il me reprochait, ce bon camarade eut pitié de mon ignorance, & m'apprit l'art d'anticiper, ?ans ri?que, ?ur les droits de l'hymen, & de réali?er mon ?onge ?ans Le ?ecours du ?ommeil.
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