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Victoire la rouge - Georges de Peyrebrune

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      Avis sur Victoire La Rouge de Georges de Peyrebrune - eBook

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      Présentation Victoire La Rouge de Georges de Peyrebrune

       - eBook

      eBook - Georges De Peyrebrune 05/07/2019
    • Format : Epub2
    • Auteur(s) : Georges de Peyrebrune
    • Editeur : Gilbert Terol
    • Langue : Français
    • Parution : 05/07/2019
    • Format : Epub2
    • Compatibilité : Desktop, Android, Windows, iOS, Liseuse
    • ISBN : 1230003308493



    • Les Jameau, fermiers au Grand-Change, eurent besoin d'une petite servante pour garder les bêtes. Ils en demandèrent une à l'hospice de la ville, où l'on élève les enfants trouvés.

      Renseignements pris par la supérieure, les Jameau étaient d'honnêtes gens. On leur confia, moyennant vingt écus par an, une petite malheureuse inscrite, voilà treize ans et demi, sur les registres de l'hospice sous les noms prétentieux de Marie-Eugénie-Victoire. La Mère supérieure se débarrassait ainsi d'une non-valeur, d'une sorte de propre à rien, qui n'avait pu apprendre à lire, ni ajuster deux points réguliers l'un près de l'autre sur les chemises que l'on confectionnait pour la clientèle et le commerce dans les environs du couvent.

      Victoire n'était point idiote, cependant, mais lourde, comme on disait.

      ? Le grand air la dégourdira, déclara la Révérende Mère.

      ? Bien certainement, répondit la femme Jameau, interloquée par la cornette de la religieuse au point de n'oser refuser, comme elle en avait bonne envie, la laide petite fille qu'on lui présentait.

      ? En voilà une bête, pensait la fermière en poussant devant elle le paquet de chair qu'on venait de lui livrer.

      Et elle examinait cette drôlesse mal équarrie, courte, large, crevant de graisse, avec de la poitrine plein son corsage et des hanches plein ses jupes. Cela sautait à chaque pas lourd.

      Elle lui demanda d'un ton bourru :

      ? Quel âge as-tu, petite ?

      Celle-ci se tourna, leva les épaules et répondit :

      ? Je ne sais pas.

      Son visage était grêlé comme une écumoire ; ses petits yeux bleus, très-doux, clignotaient, bordés de rouge. Il lui passait sur le front de grosses mèches courtes de beaux cheveux fauves et drus, que le bonnet ne pouvait retenir.

      Jameau avait mené des porcs pour les vendre. Quand ils furent vendus, on retourna au Grand-Change. Le fermier et sa femme sur la banquette de la carriole, la petite fille derrière, dans le parc où les porcs s'étaient roulés dans leur fange. Il n'y avait point de siége ; elle s'accroupit, ses jupes dans le fumier. Le nez en l'air, riant des cahots qui ballottaient sa chair, elle ouvrait les narines et trouvait que la campagne, « ça sentait bon ».

      À peine débarquée, on lui fit installer ses nippes dans un coin de la chambre occupée par la fille des Jameau. Il y avait deux lits avec des rideaux, de grosse toile à carreaux bleus et blancs. On lui en donna un. Puis on la fit descendre manger un morceau sur le pouce, et vite on l'expédia aux champs.

      ? Sais-tu toucher les bêtes ? lui demanda la Jameau.

      Elle répondit, psalmodiant :

      ? Non, ma chère mère.

      ? Dis donc, appelle-moi plutôt Catissou, riposta la fermière mécontente. Tu n'as pas de « mère » ici. Allons, file. Il y a douze brebis. Mène-les droit devers le bois, le long des prés ; Faraud t'apprendra. Ici, Faraud ! Mais va donc, grosse bête.

      Victoire suivit les moutons.

      Elle marcha derrière eux, docilement, s'arrêtant lorsqu'ils s'arrêtaient, courant dès qu'ils prenaient la course. Elle trouva cela très-amusant et pas difficile.

      La saison était bonne, en juin, par là ; il y avait de l'herbe plein les fossés de chaque côté de la route nationale qui coupait en deux le village du Grand-Change. Les bêtes dévalaient le long des talus avec des sauts de croupe joyeux et des tortillements du cou qui faisaient s'esclaffer Victoire. Elle tapait dans ses mains et levait la jambe pour se faire voir comme les moutons dansaient. Mais Faraud jappait alors et happait sa jupe, comprenant bien qu'il avait une bête de plus à garder.

      Quand ils atteignirent le bois, les moutons s'éparpillèrent, cherchant l'herbe fine et les pousses tendres. Quelques-uns se couchèrent à l'ombre. Le chien s'aplatit, le museau allongé sur ses pattes, se reposant, et ne veillant plus que d'un oeil.

      La Victoire se coucha tout de son long dans les fougères molles et s'endormit. Cela fit que deux jeunes brebis plus étourdies que les autres, tout en jouant à cabrioler l'une devant l'autre, s'égarèrent dans les bois.

      Et quand le troupeau s'en revint le soir à la ferme, la Jameau, comptant ses bêtes, du premier coup vit qu'il en manquait deux.

      Elle cria en gémissant qu'elle était bien malheureuse ; puis, se retournant sur Victoire, elle lui coucha la tête d'un soufflet.

      La drôlesse poussa un beuglement comme si on l'eût assommée, et, tirant son mouchoir, s'enfonça les yeux avec, braillant, suffoquant, trempée jusqu'au ventre des larmes qui ruisselaient de ses yeux et de son nez.

      ? Mouche-toi donc ! cria furieusement la Jameau. Et marche devant.

      On la fit courir plus vite qu'elle ne pouvait, grosse et lourde comme elle était, pour retourner à l'endroit du bois où les moutons s'étaient perdus.

      Les gens de la ferme suivaient, portant des lanternes, car il faisait nuit maintenant, et une nuit sans lune. Ils maugréaient tous et ils injuriaient la Victoire, parce que cela retardait le souper.

      Le chien, qui avait reçu pour son compte quelques coups de trique, retrouva les deux bêtes, blotties l'une contre l'autre, dans un fourré et les mordit à belles dents, à son tour. On revint plus gaiement, la Victoire derrière les autres, n'osant se montrer.

      À la table du souper, où elle s'assit encore toute morveuse, chacun se moqua d'elle, excepté la fille Jameau, qui souriait sans rien dire. Une jolie fille de quinze ans, près de qui les garçons venaient déjà faire la veillée.





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