Billets du soir : premier livre - Albert Lozeau
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Avis sur Billets Du Soir : Premier Livre de Albert Lozeau - eBook
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Présentation Billets Du Soir : Premier Livre de Albert Lozeau
- eBookCe livre comporte une table des matières dynamique, a été relu et corrigé.
Extrait: L'heure harmonieuse
La musique, ce soir, berce comme une vague mourante. Elle est si douce qu'elle se fond dans l'air et se dilue dans le silence. Note à note s'égrène la mélodie, comme la fleur s'effeuille pétale à pétale, sans bruit. Et l'harmonie flotte, poussière de sons, dans l'atmosphère paisible...
La musique est douce, douce... L'ombre en est tranquillisée, le coeur saisi. Presque rien pour l'oreille, tout pour l'âme. Je ne sais quoi dans l'heure endormie la subtilise, l'évapore. Elle semble venir de très loin, peut-être du fond de mon passé, comme une brise qui aurait fait le tour de la terre ; et je ne sais si la chanson est en-dedans ou en-dehors de moi, tant elle est douce, douce, douce...
Et cependant, elle est forte comme une puissance céleste, puisqu'elle bouleverse mon être et fait pleurer mes yeux. Je l'entends à peine, mais elle exulte en moi, tel qu'un orgue au matin de Pâques, tel qu'un orchestre innombrable, tel qu'un carillon triomphal ! Sa douceur formidable enivre mon cerveau, comme pas un vin de France ou d'Italie. Pourtant, je ne perçois qu'un peu de bruit qui palpite, - le battement de mon coeur, peut-être - tant elle est douce, douce, douce...
Moi seul l'entends - si l'on peut dire, - cette musique qui passe avec des ailes de vent. Elle évoque quelque chose qui ressemble à une fleur ou un visage... C'est imprécis comme une brume, inconsistant comme un nuage. Je ne sais ce que c'est - peut-être un souvenir, peut-être un songe, peut-être rien, comme cette musique douce, douce, douce est peut-être irréelle...
Car c'est le soir, dont l'âme ne se défie pas, le soir magique et mystérieux. Le moindre souffle est comme un archet qui joue sur nos nerfs la mélodie vraie ou fausse, selon le jour et selon la vie.
À cet instant, si la douceur indicible d'une musique que je n'entends pas m'émeut jusqu'au bonheur, si je le sens, si je l'écris, en vérité, j'ignore pourquoi, mon coeur m'est inconnu...
Du français !
Après que nous eûmes allumé, lui une cigarette, moi ma pipe, mon ami déplia une feuille de papier en disant :
- Veux-tu que je te lise quelque chose ?
- Volontiers. Est-ce en vers ou en prose ?
- En prose. Sans une promesse que j'ai faite, ce serait en vers.
- Je t'écoute.
Éloge du langage français.
- Salut aux doctes mânes d'Henri Estienne ! m'écriai-je, tu as failli lui chiper un titre. Continue.
Éloge du langage français.
Ô belle, ô pure, ô noble, ô délectable langue française !
Dieu qui aime les Français et par lesquels ses desseins s'accomplissent, leur a mis dans la bouche, en témoignage de leur mission sublime, le parler le plus suave, le plus doux, le plus fin, le plus fort, le plus touchant qui ait jamais chanté sur des lèvres humaines ! Éclatant comme le cor de Roland à Roncevaux, il a vibré, de mont en vallée, aux quatre coins du monde ! Et les voix divines qui ont commandé à Jeanne d'Arc de bouter l'Anglais hors du royaume de France n'étaient-elles pas des voix françaises ? Donc, les anges et les saints ont parlé la langue de mes pères !
Ô belle, ô pure, ô noble, ô délectable langue française !
Langue claire, droite, probe, ennemie de la fraude et de la fourberie, langue franche comme l'épée de Du Guesclin, étincelante comme la couronne de saint Louis, souple comme l'oriflamme ondoyante des rois chrétiens ! Il ne te parlera jamais bien ni ne t'écrira jamais en perfection, - à moins que le diable lui-même ne s'en mêle, - celui qui n'a pas le coeur fier,
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