Le Journal de la Huronne - Michel Corday
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Présentation Le Journal De La Huronne de Michel Corday
- eBookLa guerre ? ¿ Allons donc ! En tout cas, mon petit René n'a que seize ans. Mais non. C'est impossible.
« C'est impossible ». Voilà ce que je me répète depuis que mon mari m'a téléphoné de Paris cet après-midi. J'entends encore sa voix de butor bon enfant : « Ça chauffe¿ C'est couru. C'est une question de jours. »
J'aurais besoin d'être rassurée. Mais je suis seule, dans cette grande bâtisse de Ganville, avec mon cher petit convalescent. Depuis trois mois, nous sommes isolés du monde, René et moi. C'est à Pâques qu'il est tombé malade ici. Que de rechutes, de complications, dans cette maudite typhoïde ! Combien de fois j'ai cru¿ Mais je ne veux plus y penser. C'est fini, fini. Ah ! Je l'ai bien défendu. En ce moment, il dort. Derrière la porte entr'ouverte, j'entends son souffle paisible et léger.
Je suis seule. Nos voisins Foucard, que je n'aime guère, d'ailleurs, sont à la mer ou aux eaux. Et je n'ai pour confident que ce papier. Au fond, je n'en ai jamais eu d'autres. J'ai toujours été silencieuse. Si je parle, c'est pour parler franc. Alors je gêne et je m'arrête. Pourtant, j'aurais dû m'apprivoiser, à force de voir du monde, depuis vingt-cinq ans. Même avant de devenir la femme de Pierre Ciboure, chez mes parents, que de gens illustres ou notoires j'ai vu défiler ! Car mon père, un des plus grands chirurgiens de son époque, avec Pozzi et Segond, adorait recevoir. Non. Rien ne m'a guérie de ma sauvagerie. Clemenceau, qui fréquentait notre maison, m'appelait la Jolie Huronne. Jolie, j'ai pu l'être. Huronne, je le suis toujours. Je crois bien que mon mari m'a encore repliée sur moi-même. Brusque et jovial, avide et pressé, il m'a toujours déconcertée.
Même avant qu'il eût des maîtresses, il était déjà tout accaparé par ses énormes entreprises métallurgiques, ces industries qu'il commande, ces sociétés qu'il administre. Il me rangeait dans un coin de sa vie. Et puis, ce gros manieur d'hommes et de millions est fier de son oeuvre. Il ne croit qu'en elle. Il méprise mon ignorance ¿ excessive, je l'avoue ¿ du langage des affaires et de l'argent. Et, parce que je m'intéresse à la littérature, à la politique, il se moque de moi. Bref, Pierre m'a toujours traitée en personne négligeable, un peu toquée. Et pourtant, j'aurais pu être pour lui la bonne compagne¿ Je n'ai su être qu'une bonne mère. Oh ! Je l'ai été farouchement. Une vraie mère lionne. Oui, je l'aime comme une bête, mon petit. Je me suis toute rejetée vers lui, je me suis vouée à lui. Je sentais en moi un si grand besoin d'aimer, d'être aimée. Il y a tellement de tendresse refoulée, dans le coeur d'une timide. Je voudrais que tout le monde m'aime, moi. Et aussi que tout le monde s'aime.
Et la guerre éclaterait ? Encore une fois, c'est impossible. Essayons de réfléchir, la plume à la main. La guerre ? Depuis dix ans, depuis la mainmise sur le Maroc, n'a-t-elle pas failli éclater dix fois, et dix fois ne l'a-t-on pas évitée ? Tanger, Algésiras, Agadir¿ Tous ces noms me rappellent autant d'alertes, mais qui sont restées de vaines alertes. Pourtant, chaque fois, j'avais peur. Mon mari haussait les épaules : « Bah ! C'est une question de rail ». À l'entendre, on ne se disputait, dans ces pénibles conflits, que la concession des chemins de fer marocains. Sans doute, cette vue est trop simple pour être juste. Mais Pierre est un homme qui voit rond. En tout cas, on a franchi ces passes difficiles. Voilà l'important.
Certes, la menace gronde toujours. Mon coeur se serre quand je lis les stupides discours du Kaiser, de ce demi-fou qui, sans cesse, tire son glaive, sèche sa poudre et brave « l'ennemi héréditaire ». À quel besoin de surenchère obéit-il ? Après avoir fait, pendant vingt ans, la cour aux Français, à qui veut-il plaire par ces rodomontades ? Sans doute au parti du Kronprinz, au parti de la guerre, qu'on nous dit organisé, nombreux, servi par des journaux à grand tirage dont on met sous nos yeux les extraits irritants.
Hélas ! Ce n'est point seulement Outre-Rhin que, tout haut ou tout bas, des gens appellent la guerre. Et je ne pense pas seulement à ce nationalisme agressif, récemment réveillé par les fanfares des retraites militaires ; ni à cette presse qui, depuis quelques années, va soufflant la haine, prêchant les boycottages et proclamant la guerre inévitable ; ni à ces auteurs dramatiques qui, dans le même temps, exaltaient et flattaient dans leurs pièces le plus furieux chauvinisme.
Non. J'ai reçu des aveux qui m'ont glacée. Un écrivain, qui jadis fit preuve du plus courageux libéralisme et qui possède une intelligence extrêmement lucide et déliée, me disait, il y a deux ans : « Je ne suis pas loin de me rallier à la doctrine de Joseph de Maistre : oui, la guerre est sacrée, la guerre est divine ». Et chevauchant sur sa chaise, les mains fermées sur des rênes imaginaires, il s'enlevait d'un temps de trot : « Ce serait tout de même épatant, d'entrer à Francfort à cheval¿ »
Vers la même époque, la femme d'un haut personnage de l'État, effarée des progrès du socialisme, me confiait dans son salon : « Ce qu'il nous faudrait, c'est une bonne guerre et, naturellement, l'exécution de Jaurès le premier jour ». Nourrie par mon père de l'esprit républicain, j'y suis restée fidèle. Mais, laissant de côté les doctrines, j'ai pour la personne de Jaurès, pour son éloquence et son caractère, une admiration fervente. Aussi la féroce sottise de ce propos m'a-t-elle tout interloquée.
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