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Le Siège de Calais - Madame de Tencin

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      Présentation Le Siège De Calais de Madame de Tencin

       - eBook

      eBook - Madame De Tencin 03/07/2019
    • Format : Epub2
    • Auteur(s) : Madame de Tencin
    • Editeur : Gilbert Terol
    • Langue : Français
    • Parution : 03/07/2019
    • Format : Epub2
    • Compatibilité : Liseuse, Android, iOS, Windows, Desktop
    • ISBN : 1230003306918



    • Monsieur de Vienne, issu d'une des plus illustres maisons de Bourgogne, n'eut qu'une fille de son mariage avec mademoiselle de Chauvirey.

      La naissance, la richesse, et surtout la beauté de mademoiselle de Vienne, lui donnèrent pour amants déclarés tous ceux qui pouvaient prétendre à l'alliance de M. de Vienne. M. de Granson, dont la naissance n'était pas inférieure, fut préféré à ses rivaux. Quoique aimable et amoureux, il n'avait point touché le coeur de mademoiselle de Vienne ; mais la vertu prit la place des sentiments. Elle remplissait ses devoirs d'une manière si naturelle, que M. de Granson put se croire aimé : un bonheur qui ne lui coûtait plus de soins ne le satisfit pas longtemps.

      À peine une année s'était écoulée depuis son mariage, qu'il chercha, dans de nouveau amusements, des plaisirs moins tranquilles. Madame de Granson vit l'éloignement de son mari avec quelque sorte de peine ; les intérêts de la beauté ne sont guère moins chers à une jeune personne que ceux de son coeur.

      Elle était, depuis son enfance, liée d'une tendre amitié avec la comtesse de Beaumont, soeur de M. de Canaple. Un jour que la compagnie avait été nombreuse chez madame de Granson, et que madame de Beaumont s'était aperçue qu'elle ne s'était prêtée à la conversation que par une espèce d'effort : J'ai envie, lui dit madame de Beaumont, aussitôt qu'elles furent seules, de deviner ce qui vous rend si distraite. Ne le devinez point, je vous prie, répondit madame de Granson ; laissez-moi vous cacher une faiblesse dont je suis honteuse. Vous avez tort de l'être, répliqua madame de Beaumont ; vos sentiments sont raisonnables ; M. de Granson a fait tout ce qu'il fallait pour se faire aimer de vous ; il fait présentement tout ce qu'il faut pour vous donner de la jalousie. Je vous assure, dit madame de Granson, que, si j'aimais mon mari de la façon que vous le pensez, je ne serais point honteuse de me trouver sensible à sa conduite présente ; mais je ne l'ai jamais aimé qu'autant que le devoir l'exigeait : son coeur n'est point nécessaire au bonheur du mien ; c'est le mépris de ce que je puis avoir d'agréments qui m'irrite. Je suis humiliée qu'une année de mariage ait éteint l'amour de mon mari, et je me reproche de me trouver des sentiments qui ne sont excusables que lorsque la tendresse les fait naître.

      Monsieur votre frère, qui ne m'a jamais vue, continua-t-elle, mais qui a été le confident de la passion de M. de Granson, et à qui, dans les commencements de notre mariage, il a peut-être vanté son bonheur, sera bien étonné de le trouver, à son retour, amoureux d'une autre femme. Il devrait en être étonné, dit madame de Beaumont, et je vous assure cependant qu'il ne le sera pas ; il croit qu'on ne peut être longtemps amoureux et heureux ; mais aussi il est bien éloigné de penser, comme la plupart des hommes, qu'on peut, sans intéresser la probité, manquer à une femme ; il est persuadé, au contraire, qu'on ne saurait trop mettre de vertu dans un engagement qui trouble souvent toute la vie d'une malheureuse à qui l'on a persuadé qu'on l'aimerait toujours. Aussi, ajouta madame de Beaumont, mon frère ne s'est-il jamais permis d'engagement sérieux.

      Je suis tout à fait fâchée, répondit madame de Granson, de ce que vous m'apprenez : la liaison qui est entre M. de Canaple et M. de Granson, et celle qui est entre vous et moi, m'avaient fait naître l'espérance d'en faire mon ami ; mais je crains qu'il ne soit aussi inconstant en amitié qu'il l'est en amour. Ce n'est pas la même chose, répliqua madame de Beaumont : l'amitié n'a point, comme l'amour, un but déterminé ; et c'est ce but, une fois gagné, qui gâte tout chez mon frère ; mais je doute qu'il s'empresse d'être de vos amis ; il craint de voir les femmes qu'il pourrait aimer, et vous êtes faite de façon à lui donner très légitimement cette crainte : je crois même que, quoiqu'il soit fort aimable, il ne vous le paraîtra point du tout ; car il faut encore dire ce petit trait de son caractère ; son esprit ne se montre jamais mieux que quand il n'a rien à craindre pour son coeur. C'est-à-dire, répliqua madame de Granson, qu'il fait injure toutes les fois qu'il cherche à plaire, et qu'il faudrait l'en haïr. En vérité, vous avez un frère bien singulier, et, si vous lui ressembliez, je ne vous aimerais pas autant que je vous aime.

      Quand madame de Granson fut seule, elle ne put s'empêcher de repasser dans son esprit tout ce qu'elle venait d'entendre sur le caractère de M. de Canaple. Il croit donc, disait-elle, qu'il n'a qu'à aimer pour être aimé. Ah ! que je lui prouverais bien le contraire, et que j'aurais de plaisir à mortifier sa vanité ! Ce sentiment, que madame de Granson ne se reprochait pas, l'occupait plus qu'il ne méritait. Elle s'informait, avec quelque sorte d'empressement, du temps où M. de Canaple devait venir.

      Ce temps ne tarda guère. M. de Granson annonça à sa femme l'arrivée de son ami, et la pria de trouver bon qu'ils logeassent ensemble, comme ils avaient toujours fait. À quelques jours de là, il lui présenta M. de Canaple. Peu d'hommes étaient aussi bien faits que lui ; toute sa personne était remplie de grâce, et sa physionomie avait des charmes particuliers dont il était difficile de se défendre.

      Madame de Granson, quoique prévenue sur son caractère, ne put s'empêcher de le voir tel qu'il était. Pour lui, ses yeux seuls la trouvèrent belle ; et, dans cette situation où il ne craignait rien pour son repos, il ne contraignit point le talent qu'il avait naturellement de plaire. Attentif, rempli de soins, il voyait madame de Granson à toutes les heures, et il se montrait toujours avec de nouvelles grâces ; elles faisaient leur impression. Madame de Granson fut quelque temps sans s'en apercevoir ; elle croyait, de bonne foi, que le dessein qu'elle avait de lui plaire n'était que le désir de mortifier sa vanité ; mais le chagrin de n'y pas réussir l'éclaira sur ses sentiments. Est-il possible, disait-elle, que je ne doive les soins du comte de Canaple qu'à son indifférence ! Mais pourquoi vouloir m'en faire aimer ? Qui m'assure que je serais insensible ? hélas ! le dépit que me cause son indifférence ne m'apprend que trop combien je suis faible ! loin de chercher à lui plaire, il faut au contraire éviter de le voir. Je suis humiliée de n'avoir pu le rendre sensible ; eh ! que serais-je donc, s'il m'inspirait des sentiments que je dusse me reprocher ?





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