Le Crime des vieux - Victor Méric
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Présentation Le Crime Des Vieux de Victor Méric
- eBookL'année 1935 fut fertile en événements surprenants. À cette époque, j'approchais de la trentaine, c'est-à-dire de l'âge où l'on n'est pas encore trop mûr et gonflé d'expérience et où l'on a franchi, cependant, les limites de cette jeunesse dont Bossuet affirme qu'elle est téméraire et malavisée et dont un autre sage prétend qu'elle est la fièvre de la raison.
Je ne pense pas qu'il soit utile de vous renseigner abondamment sur ma modeste personne et d'alourdir ce difficile récit par un luxe de détails oiseux concernant mes ascendants, mes tares héréditaires, mes arcanes physiologiques, mes aptitudes et dispositions, comme cela se voit dans les romans de M. Honoré de Balzac et de quelques pâles imitateurs de ce grand romancier. Ce serait, d'ailleurs, d'une admirable banalité. Un père qui se tuait à la tâche, en un siècle où il fallait travailler pour vivre et non vivre pour travailler. La guerre, la fameuse guerre dite du « Droit, de la Justice et de la Civilisation » qui détériora sérieusement l'infortuné à qui je dois mes jours. Puis l'école, l'internat, les examens, toute une vie pénible, médiocre, exempte de joies et de lumière. Mais je passe. Qu'il suffise d'indiquer que, pourvu, un beau jour, d'un diplôme qu'on qualifiait alors de licence ès lettres, mais entièrement démuni de numéraire, je me risquai timidement à tenter mes premiers pas dans la carrière journalistique.
Je m'étais décidé pour le journalisme parce que, ma foi, je me sentais doué d'une assez vive intelligence et d'une remarquable faculté d'assimilation. Je cédais, de plus, assez volontiers aux oeillades d'un agréable farniente, et, un certain amoralisme aidant, je cumulais toutes les qualités requises pour réussir brillamment dans le métier. Mais j'avais, malgré tout, préjugé de mes dons et qualités. Il faut beaucoup de travers et d'ignorance pour faire un parfait journaliste, mais il y faut aussi autre chose, ce je ne sais quoi (plus ou moins poétique), ce rien indéfinissable qu'on a baptisé le talent. Du talent, j'en monopolisais, on voudra bien me croire, le plus possible. Mais d'autres, à la grande foire du hasard, en avaient acheté davantage. De sorte que je me tenais à un rang honorable, sans trop d'outrecuidance.
Et puis je vivotais. En ces temps lointains, une petite minorité d'individus détenait à peu près toute la fortune publique. L'argent leur conférait la puissance. Les autres, à des degrés divers, se voyaient obligés de besogner pour assurer, plus ou moins largement, leur pitance. Car, on ne s'avisait pas encore que tout être vivant peut revendiquer d'abord et avant tout, le droit naturel, imprescriptible, de se nourrir, se vêtir, se loger, de même que le droit de respirer. Si j'insiste sur de telles bizarreries, longuement étudiées et signalées par nos historiens, c'est, précisément, pour en venir aux petits événements dont j'ai parlé plus haut.
Je me trouvais, cet après-midi-là, en compagnie du poète Xavier Farigoulis, de l'école « Surpsychique », qui dans la salle de rédaction du Vespéral, disputait ferme avec le poète Antonin Coquelicot de l'école « Concentrologomachique ». Ces deux malheureux, torturés par leurs démons familiers, se mitraillaient de mots, de formules, de définitions, se bombardaient d'apophtegmes, se lançaient à la tête les plus inconcevables billevesées. J'étais nanti, encore, de quelques illusions et, pour avoir beaucoup lu les aînés, je n'imaginais les faiseurs de vers que sous l'aspect romantique : immense chevelure, larges cravates, barbiche au vent et feutre mou aux plates ailes. Combien différents s'avéraient mes bardes bardés de nonchalance, visages glabres, vertex déplumés, gestes menus, voix aigres, anatomies indigentes et moulées dans des complets aussi impeccables que désespérément résistants. Je savais que, chaque soir, avant de se glisser dans les draps de Morphée, Farigoulis, féru d'élégance, entassait, ¿ Pélion sur Ossa ! ¿ les tomes épais du Larousse sur son pantalon méticuleusement plié au bon endroit. Certes, le pli s'accusait, irréprochable, mais l'étoffe élimée luisait fâcheusement. Quant à Coquelicot, il laissait paraître plus de désinvolture dans ses façons vestimentaires ; par malheur, affligé d'un encombrant système pileux, il employait des heures à se raser et à se balafrer maladroitement un visage déjà constellé de bosses et d'apophyses où l'on distinguait du premier regard, sous le front indigent du pirate de la Savane, le nez rubescent, le trouble vaseux de la sclérotique et l'accentuation anormale des zygomas. Ajoutez à cela une petite toux opiniâtre et vous comprendrez que le pauvre bougre était la proie lamentable et désarmée d'une colonie de bacilles.
D'ordinaire, ces deux prêtres d'Apollon, objets des plus fines railleries, réjouissaient toute la rédaction. Mais je n'étais pas d'humeur à déguster leurs sornettes. Je guettais le téléphone. Ah ! l'horrible instrument de barbare supplice, heureusement aboli, qui nécessitait des stations interminables et des appels désespérés, provoquait de folles colères, finissait de détraquer nos nerfs ! Je n'empoignais le récepteur qu'avec une rage concentrée et je réclamais mon numéro comme on profère une menace. Pourtant le téléphone m'était, ce jour-là, plus sympathique, beaucoup plus sympathique. Parbleu ! J'attendais, non sans impatience, que retentît sa sonnerie, sa grinçante sonnerie, laquelle devait m'annoncer, à l'autre bout du fil, la présence, l'adorable présence de Juliette.
Eh ! oui ! De Juliette qui m'avait consenti un rendez-vous avant dîner, à condition que¿ car les femmes ne savent jamais exactement si elles seront libres et disposées. De Juliette dont ma pensée était emplie depuis quelques semaines ¿ cette folle de Juliette, au rire clair, aux dents pointues de jeune louve, aux yeux pailletés de mystérieuses lueurs dansantes tels des feux follets¿
Ma montre marquait près de cinq heures, ou dix-sept heures, si vous préférez. De congé, je n'étais venu au journal que pour ce coup de téléphone qui, à mon gré, tardait trop.
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