Une femme - MAURICE LEBLANC
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Présentation Une Femme de MAURICE LEBLANC
- eBookExtrait :
Le monde à Rouen remarquait fort les assiduités de Robert Chalmin auprès de Mlle Lucie Ramel.
De fait, à trois bals successifs, il s'inscrivit lui-même sur son carnet pour plusieurs danses, la conduisit au buffet, politesse audacieuse, et trouva moyen de souper à ses côtés. Et ils parlaient tout bas, d'un air entendu, comme s'ils eussent eu quelque chose à se dire.
En outre, un soir, au théâtre, il passa les entr'actes des Huguenots dans la loge de Mme Ramel et de sa fille.
Le monde estima les fiançailles imminentes.
Cette union ne lui déplaisait point. D'abord elle réunissait les conditions requises : la différence d'âge réglementaire, l'égalité des fortunes et des situations sociales. Puis elle attestait que, chez lui, on s'épouse par caprice, au besoin. Il en savait gré aux deux jeunes gens, et les couvait d'un oeil attendri. Leur intrigue dénotait l'existence d'un sentiment joli, aimable, gracieux, non suspect d'exagération passionnée, ce qui eût paru choquant. C'était juste la dose de poésie permise, assez pour troubler deux coeurs, pas assez pour les bouleverser.
On en causait beaucoup, à la Bourse, au Palais, au cercle, au café, dans les salons surtout. Les visites du jour de l'An furent consacrées en grande partie à cette question palpitante.
¿ Vous savez, c'est un mariage d'inclination, s'écriaient ces dames, d'une voix ravie, sans risquer toutefois le terme amour, presque déplacé en semblable circonstance.
Quelques mères, à la recherche d'un gendre, tentèrent bien d'interrompre ce concert d'éloges, en insinuant :
¿ Il est fâcheux que cela traîne en longueur¿ la réputation de Mlle Ramel n'en peut que pâtir.
On étouffa leurs critiques. Les personnes sensées colportaient :
¿ Qu'ils ne se pressent donc pas, ils ne seront que trop tôt aux prises avec les réalités de la vie.
Au centre de cette agitation, M. et Mme Bouju-Gavart ourdissaient leur plan. C'étaient eux, en effet, qui faisaient le mariage.
Après la guerre, M. Bouju-Gavart, commissionnaire en rouenneries, déclara qu'il accepterait volontiers un successeur, son fils Paul se destinant au barreau.
Il avait une cinquantaine d'années, des cheveux d'un beau blanc, une moustache d'un noir équivoque, et une mise soignée. Il courait les demoiselles de magasin, ce dont personne ne se doutait, sauf sa femme. Le ménage s'entendait, néanmoins. Mme Bouju-Gavart, ayant renoncé depuis longtemps à une lutte impossible, souffrait de son abandon, sans récriminer. Elle méprisait son mari, mais appréciait ses qualités solides, sa tenue correcte, son tact en public. Puis une piété sereine et forte la portait à l'indulgence. Elle pardonnait et priait pour lui, l'époux et le père.
Elle approuva sa résolution. Leur fortune, laborieusement gagnée, lui permettait ce repos. Il pouvait goûter maintenant le fruit de son travail.
C'est alors que Robert Chalmin se présenta. Il avait de l'argent. Il plut. Les pourparlers commencèrent. Ils aboutirent rapidement.
¿ Hélas ! s'écria-t-il, un soir, à table, avec une moue comique, les rêves ne se réalisent pas toujours ! Que de fois, en dix ans de désoeuvrement, me suis-je dit : « Quand j'en aurai assez d'être célibataire, je chercherai une industrie quelconque dont le chef ait une fille, j'épouserai la fille et je ne paierai rien.
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