Larks' Tongues In Aspic (30th Anniversary Edition) - King Crimson
- Rock progressif
- 2004
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Avis sur Larks' Tongues In Aspic (30th Anniversary Edition) - King Crimson - CD Album
12 avis sur Larks' Tongues In Aspic (30th Anniversary Edition) - King Crimson - CD Album
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Présentation Larks' Tongues In Aspic (30th Anniversary Edition) - King Crimson
- CD AlbumLes cliquetis des cloches et autres percussions comme un bruissement lointain venu de la fôret primordiale puis la plainte du violon mêlée aux grondements inquiétants de la guitare, un roulement sec de batterie et le riff monstrueux gorgé de puissance électrique comme retenu depuis la nuit des temps dynamite l’espace, laisse un instant réémerger la lancinante mélopée avant d’exploser à nouveau, puis soudain, la guitare se lance dans une folle sarabande dissonante soutenue par un entrelas diabolique de batterie, de percussion et de basse, le calme revient alors sur un violon quasi-solitaire comme une éclaircie à l’aube du monde transformé par un subtil crescendo en une nouvelle et poignante mélodie brisant sur quelques majestueuses bribes de mellotron…
C’est «Lark’s tongue in aspic part one» : treize minutes d’expérimentation musicale totale et d’une puissance d’évocation pourtant toujours présente qui ouvre l’album du même titre : et vous aurez compris que le King Crimson du début de cette année 1973 ouvre une ère nouvelle qui ne cède absolument en rien à l’ère précédente, sans doute la préférée de tous les afficionados, et dont cet album est le premier chef d’œuvre absolu, peut-être le sommet de son imposante et essentielle discographie. Une ère où presque tout est neuf à commencer par la guitare de Robert Fripp elle-même qui, comme sorti d’un purgatoire où l’avait relégué la collaboration avec Pete Sinfield et l’énorme charge de composition à laquelle son servant devait s’atteler auparavant (tous les nouveaux membres y participent désormais) s’impose de nouveau en magistral et impétueux maître de cérémonie ; puis bien sûr tous les nouveaux arrivants (le virtuose transfuge de Yes, Bill Bruford à la batterie, le génialement inventif James Muir issu d’une obscure collaboration avec le guitariste Allan Holdsworth, aux percussions et dont ce sera malheureusement la seule participation avant un retrait définitif dans les hautes sphères de la méditation et de la spiritualité, David Cross, ex Ring, et son violon électrique des profondeurs, John Wetton, ex Family, à la basse aussi chaude et mélodique que sa voix, sans oublier le nouveau parolier Richard Palmer James mais qui, lui, n’intégrera jamais complétement le groupe). Une ère où King Crimson trouve enfin la cohésion à laquelle Fripp aspirait depuis longtemps, tant donc dans le domaine de la composition que dans celui de l’interprétation car ce formidable consortium musical offrira au public pendant à peu près deux ans parmi les plus fabuleux concerts que le groupe ait jamais donnés. Une ère où surtout bien sûr la musique est neuve, absolument et radicalement neuve, sorti des chaudrons de l’enfer (le titre en recette de sorcellerie et la pochette comme un symbole kabbalistique l’annoncent clairement), incandescent , fuligineux et apocalyptique maelström d’électricité sombre et passionnée.
Car une fois cette énorme introduction digérée, après l’élégante mélodie tissée sur des arpèges délicats de «Book of Saturday» et la mélancolique et superbe ballade de «Exiles» où la voix de John Wetton fait merveille (le seul titre à peut-être rappeler quelques riches heures du passé), on plonge définitivement dans l’inconnu et le jubilatoire. C’est d’abord «Easy Money» qui, sous ses fausses allures de rock bien charpenté, avec un naturel confondant nous emmène doucement sur un rythme bancal, où les interventions de James Muir et autres habillages sonores réveillent à tout moment comme par surprise l’ange du bizarre, vers un final totalement échevelé ; puis ce lent, hypnotique et obsédant crescendo de «Talking drum» où la tension initiée par d’étranges roulements de percussion relayés par le chant orientalisant puis de plus en plus grinçant du violon, bientôt enchevêtré aux arabesques de la guitare et à la ligne grondante d’une basse omniprésente, ne se résout que dans un crissement suraigu à la limite de l’audiblement supportable comme un tonitruant point d’orgue annonçant la pièce maîtresse, le chef d’œuvre absolu à suivre.
Car on passe alors sans transition au sommet de démesure et de puissance de «Lark’s tongue in aspic part two», son riff infernal (ce son de guitare d’une densité et d’une acuité hallucinantes découpant à la serpe des séquences rythmique sorties de l’enfer, sa batterie diabolique soutenue par une basse énorme mais fluide), la lancinante et envoûtante incantation du violon ou ses stridences les plus extrêmes, le tout en une alternance totalement maîtrisée de retenue mélodique et de déchaînement de furie électrique aboutissant à une formidable gigue de succubes aux corps démantibulés par la transe rythmique, l’incroyable et sabbatique acmé d’une musique alliant comme peut-être jamais la pure et innovante cérébralité et les ancestrales et incontournables recettes de la frénésie chamanique.
Ce n’est donc pas un hasard si par la suite, tant sur scène qu’en studio (où le groupe enregistrera beaucoup plus tard les futures part three et four) les titres éponymes de ce fantastique album resteront une référence incontournable, le fil rouge d’une carrière qui inaugurait en la matière une de ses périodes majeures.
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