Souvenirs en bataille - SHIKABANE Sensei
- Prix Mangawa - 15-18 ans - Seinen 2022
- Collection: Large
- Format: Tankobon Voir le descriptif
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Avis sur Souvenirs En Bataille de SHIKABANE Sensei Format Tankobon - Livre Manga
1 avis sur Souvenirs En Bataille de SHIKABANE Sensei Format Tankobon - Livre Manga
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Présentation Souvenirs En Bataille de SHIKABANE Sensei Format Tankobon
- Livre Manga
Résumé :
Shikabane n'a jamais connu sa mère. Abandonné par son père, c'est aux côtés de sa grand-mère qu'il vivait, enfant, dans la pauvreté. Mais grâce à la bonté de cette dernière, malgré un quotidien difficile et les propos blessants de ses camarades, il a réussi à grandir et se construire. Devenu adulte, il croyait enfin pouvoir profiter de la vie. Hélas, quand sa grand- mère semble montrer des signes de démence sénile, Shikabane perd pied et ne sait pas comment réagir...
L'éditeur Akata a à coeur d'amener dans son catalogue des oeuvres parlant de sujets de société, souvent absents des mangas mis en avant chez la concurrence. Citons par exemple le touchant « Sans aller à l'école je suis devenu mangaka » de Shoichi Tanazono, qui nous parlait alors de sa déscolarisation, ou encore Adieu mon utérus de Yuki Okada, abordant son cancer du col de l'utérus. Le 22 avril 2021, un nouveau one-shot de ce registre nous a été proposé : Souvenirs en bataille.
Initialement, le manga devrait être proposé en librairies bien plus tôt, mais la crise sanitaire du Covid-19 a quelque peu chamboulé le calendrier de l'éditeur. Un « mal pour un bien » sans le sens où, selon la maison, le récit n'a que prouvé davantage sa pertinence en ces temps troubles. Jeune artiste qui signe ici sa première oeuvre, Shikabane Sensei livre un témoignage personnel, celui de sa propre existence aux côtés de sa grand-mère aimante qui souffrira de démence. Dès lors, le paisible quotidien devient une bataille alternant crise entre les deux individus, et d'autres instants de tendresse mélancolique. Dès la lecture du synopsis, il ne fait aucun doute que la lecture sera forte. Chose appréciable sur le plan éditorial : 5% du prix de l'ouvrage est reversé à l'association Petits Frères des Pauvres, un beau geste comme Akata en fait assez régulièrement.
Au Japon, c'est en 2018 que le récit a été prépublié, ce au sein du magazine Young Ace de l'éditeur Kadokawa Shoten.
Bien souvent, Akata offre à ses mangas un titre français qui ne retranscrit pas mot pour mot l'intitulé japonais, un type de choix présent chez d'autres éditeurs et dont la pertinence est à évaluer au cas par cas. Ici, une traduction littérale aurait donné « Le jour où j'ai coupé les cheveux de ma grand-mère », ce qui collait exactement à la jaquette mais dont le sens aurait pu paraître nébuleux. La proposition « Souvenirs en bataille » fait le lien avec le titre original avec l'idée d'une tignasse déstructurée, symbole d'une grand-mère se laissant aller car rongée par la démence. Outre cela, le titre renvoie purement au procédé narratif du one-shot, un recueil dans lequel Shikabane Sensei jongle entre ses souvenirs afin de dresser un portrait fort de l'expérience qu'il a vécu auprès de qon défunt parent.
De son enfance jusqu'à l'âge adulte, différents moments clé de la vie de l'auteur sont relatés dans un certain désordre, l'artiste rebondissant souvent sur des éléments qui font tilte chez lui. L'idée n'est pas de débuter son témoignage quand il était bambin pour l'achever sur le décès de la grand-mère, mais plus de livrer ses pensées comme elles viennent, ce qui donnent alors un côté très personnel à l'ouvrage. Malgré ça, les choix narratifs de Souvenirs en bataille ont du sens : Par une amorce le présentant enfant et en insistant sur les différents maux qui le frappaient déjà alors, le mangaka s'attire toute notre sympathie, ce qui n'aurait pas été le cas s'il avait démarré son histoire en relatant ses facettes les plus sombres. Créer un attachement du lecteur envers lui permettait une meilleure appréciation de la suite, et de nuancer certains moments rudes. Le choix de se représenter de manière neutre avec un crane en guise de visage, associé à une patte épurée et sans fioritures, a donc du sens pour ce lien que l'auteur cherche à créer.
Car le one-shot n'a pas vraiment de portée instructive. Shikabane Sensei offre uniquement sa vision de son expérience sans chercher à enseigner au lecteur, la leçon venant alors du cas de figure que nous sommes amenés à suivre. Les morceaux de quotidien nous plongent alors dans les tourments d'un jeune japonais qui a vécu une existence rude, aussi Souvenirs en bataille se montre moralement dur à plusieurs reprises. Qu'il s'agisse de la situation familiale et précaire du protagoniste et de sa grand-mère ou encore la manière dont la démence de cette dernière affectera leurs vies, l'artiste ne prend jamais vraiment de pincettes, y compris quand il s'agit de montrer ses propres aspects obscurs. Et malgré ça, il ne tombe ni dans le tires-larmes, ni dans une volonté de s'auto-juger. Son discours est souvent rempli de nuances, de regrets mais aussi de mélancolie. C'est une chronique de vie humaine et sans arrière pensée qu'il nous offre, ni plus ni moins.
Le récit constitue alors une lecture particulière, intime et bouleversante à bien des moments, quand bien même l'auteur parvient à jongler entre les tonalités pour éviter le pathos. Plusieurs instants moralement durs ponctuent la lecture, mais l'intention d'ensemble n'est pas là. Au contraire, les dernières pages permettent d'achever ce portrait de jolie manière : Le titre trouve son sens, amène une ultime touche de mélancolique positive, et a un impact narratif par sa mise en couleur surprenante, mais qui illumine les dernières pages d'un petit rayon de soleil afin de ne pas retenir que du négatif de l'expérience de Shikabane Sensei.
Et sachant que l'ensemble mise sur l'émotion du lecteur et sa manière d'apprécier la situation, il y aura bien des manières de profiter de l'ouvrage et d'être touché par ce que le mangaka cherche à offrir. En tout cas, Souvenirs en bataille est une lecture qui laisse difficilement indifférent et que seul Akata pouvait sans doute proposer.
Concernant l'édition, le format dit « seinen » offre un certain confort de lecture, le tout accentué par un papier de bonne facture. On apprécie la non utilisation d'un papier couché brillant pour les quelques pages couleurs qui, ainsi, viennent nous surprendre et nous prendre au dépourvu, tant on ne peut les prévoir par le toucher. La traduction est signée Alexandre Fournier qui propose un travail tout à fait honorable, notamment dans sa transposition du ton du récit dans son texte.
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